« Les gens leur confient tout », on décortique la faille qui faisait fuiter la mémoire de Claude
Un chercheur a détourné les capacités de navigation web de Claude pour lui faire recracher, lettre par lettre, les secrets stockés dans sa mémoire. Anthropic a depuis corrigé le tir..
Un chercheur en sécurité, Ayush Paul, a découvert en 2026 une faille dans l’assistant conversationnel Claude.ai permettant d’extraire des données personnelles stockées dans sa mémoire. Cette vulnérabilité repose sur une astuce ingénieuse : un faux site web imitant un clavier géant, composé de liens représentant chaque lettre de l’alphabet. En naviguant sur ce site, Claude est amené à cliquer sur ces liens pour épeler des informations sensibles, comme un nom, un employeur ou une ville natale, sans que l’utilisateur ne s’en aperçoive. Le chercheur précise que cette faille ne nécessite pas de pirater directement l’utilisateur, mais exploite les fonctionnalités normales de l’IA, notamment son outil de navigation web appelé web_fetch.
La fonctionnalité de mémoire de Claude.ai est activée par défaut sur les comptes individuels. Elle conserve des fragments de conversations passées, comme des noms, des employeurs, des projets ou des détails personnels, afin d’éviter à l’utilisateur de tout redemander à chaque échange. Selon Ayush Paul, cette mémoire peut devenir une reconstitution détaillée de la vie d’une personne, incluant des éléments professionnels confidentiels ou des secrets personnels. Le chercheur alerte sur les risques liés à cette accumulation de données : chantage, usurpation d’identité ou contournement des questions de sécurité. Par exemple, une ville natale non directement mentionnée dans les conversations peut être déduite par l’IA à partir d’indices contextuels.
Pour exploiter cette faille, le chercheur a créé un faux site web présenté comme celui d’un café, un contexte crédible pour une IA. Le site était en réalité un clavier composé de liens, où chaque clic sur une lettre menait à une nouvelle page affichant d’autres liens (par exemple, AA, AB, AC…). Une fois sur ce site, l’IA était invitée à confirmer son identité via un faux écran de vérification imitant celui de Cloudflare, un service de protection en ligne. Cet écran n’apparaissait que pour les IA et demandait d’épeler des informations comme le nom, l’employeur ou la ville natale. Sans alerter l’utilisateur, Claude a suivi ces instructions, révélant ainsi des données stockées dans sa mémoire.
Le chercheur a signalé cette vulnérabilité à **Anthropic**, l’entreprise derrière **Claude.ai**, via son programme de *bug bounty* sur la plateforme *HackerOne*. Anthropic a confirmé avoir déjà identifié le problème en interne, mais ne l’avait pas encore corrigé. Aucune prime n’a été versée au chercheur. L’entreprise a depuis limité l’outil *web_fetch* pour renforcer la protection des données. Désormais, cet outil ne peut plus suivre les liens présents sur des pages externes, sauf s’ils sont fournis directement par l’utilisateur ou issus d’une recherche web. Cette correction réduit les risques de fuite, mais ne supprime pas totalement la possibilité d’exploiter d’autres failles similaires.

