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Environnement

L'océan se réchauffe : Copernicus lance « son avertissement le plus sévère à ce jour »

Reporterre · mis à jour 30 sept.

Encore et encore, les alertes se multiplient et la situation planétaire empire de manière catastrophique. Le programme européen Copernicus a publié le 30 septembre son 10 e rapport annuel sur l'état des océans.

Copernicus alerte sur l'océan

Le service européen d'observation de la Terre Copernicus a publié un rapport avertissant sur l'état critique des océans. Cet organisme, dépendant de l'Union européenne, est spécialisé dans la collecte et l'analyse de données environnementales. Dans son dernier bulletin, il qualifie son message de plus sévère à ce jour, soulignant une dégradation accélérée des écosystèmes marins. Les données proviennent de satellites, de bouées et de capteurs océanographiques, qui mesurent en temps réel des paramètres comme la température, le niveau de la mer ou l'acidité. L'océan couvre 71 % de la surface de la Terre et joue un rôle clé dans la régulation du climat en absorbant 90 % de l'excès de chaleur généré par les activités humaines. Cependant, cette absorption massive de chaleur a des conséquences dramatiques, comme le révèle le rapport.

Températures record en 2023

En 2023, la température moyenne des océans a atteint des niveaux sans précédent, confirmant une tendance de réchauffement continu. Selon Copernicus, la température de surface des océans a dépassé de 0,2 °C la moyenne de la période 1991-2020, un écart significatif pour un système aussi vaste. Cette hausse s'inscrit dans un contexte plus large : depuis 1970, les océans ont absorbé plus de 90 % de l'excès de chaleur dû au changement climatique. Les régions les plus touchées incluent l'Atlantique Nord et l'océan Austral, où les anomalies de température ont été particulièrement marquées. Ces records s'accompagnent d'événements extrêmes, comme des vagues de chaleur marine, qui menacent directement la biodiversité et les activités humaines dépendantes des écosystèmes marins.

Acidification et montée des eaux

L'augmentation de la température des océans s'accompagne d'une acidification croissante, un phénomène lié à l'absorption du dioxyde de carbone (CO₂) par l'eau de mer. Depuis l'ère préindustrielle, le pH des océans a baissé de 0,1 unité, ce qui correspond à une augmentation de 30 % de leur acidité. Cette modification chimique fragilise les organismes marins calcaires, comme les coraux ou les coquillages, dont les squelettes ou coquilles se dissolvent plus facilement. Parallèlement, la dilatation thermique des eaux et la fonte des glaces polaires contribuent à une élévation du niveau de la mer. Copernicus estime que cette hausse atteint désormais 3,7 millimètres par an en moyenne mondiale, avec des variations régionales importantes. Ces deux phénomènes combinés menacent les zones côtières, où vivent près de 40 % de la population mondiale.

Impacts sur la biodiversité

Le réchauffement des océans perturbe profondément les écosystèmes marins, avec des conséquences en cascade sur la biodiversité. Les espèces tropicales, comme les poissons-clowns ou les coraux, voient leur habitat se réduire ou se déplacer vers des zones plus fraîches, tandis que les espèces polaires, comme les ours blancs ou le krill, perdent leur milieu de vie. En 2023, des épisodes de blanchissement massif des coraux ont été observés dans des régions comme la Grande Barrière de corail en Australie, un phénomène directement lié à l'augmentation des températures. Copernicus souligne que 50 % des récifs coralliens ont déjà disparu depuis 1950, et que leur survie est désormais menacée à court terme. Ces pertes affectent non seulement la faune marine, mais aussi les populations humaines qui dépendent de ces écosystèmes pour leur alimentation ou leur protection contre les tempêtes.

Risques pour l'humanité

Les océans, en plus d'abriter une biodiversité essentielle, fournissent des ressources vitales à l'humanité. Ils représentent une source majeure de protéines pour des milliards de personnes, notamment via la pêche, qui emploie directement 260 millions d'individus dans le monde. Le réchauffement océanique menace cette activité en perturbant les cycles de reproduction des poissons et en acidifiant les eaux, ce qui affecte les coquillages et crustacés. Par ailleurs, les zones côtières, où se concentrent 40 % de la population mondiale, sont exposées à des risques accrus d'inondations, d'érosion et de salinisation des sols. Copernicus rappelle que ces défis s'ajoutent à ceux posés par la montée des eaux, déjà estimée à 3,7 millimètres par an en moyenne. Sans action rapide, les coûts économiques et humains de ces bouleversements pourraient atteindre des niveaux insoutenables.

Ce que ça pourrait changer

Face à l'urgence climatique, *Copernicus* appelle à une réduction drastique des émissions de gaz à effet de serre pour limiter le réchauffement des océans. L'organisme insiste sur la nécessité de respecter les objectifs de l'Accord de Paris, qui vise à contenir le réchauffement mondial sous 1,5 °C par rapport à l'ère préindustrielle. Pour y parvenir, il recommande des mesures comme la décarbonation rapide des économies, la protection des écosystèmes marins (zones protégées, restauration des récifs coralliens) et la promotion d'une pêche durable. *Copernicus* souligne que les océans, bien que résilients, ne pourront absorber indéfiniment les perturbations humaines. Sans changement de trajectoire, les conséquences seront irréversibles pour les générations futures, avec des impacts économiques estimés à des centaines de milliards de dollars par an d'ici 2050.

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