Meurtrie par la guerre, la ville israélienne de Kiryat Shmona penche “encore plus vers la droite”
Située tout près de la frontière avec le Liban, la localité porte encore les stigmates du conflit avec le Hezbollah et peine à retrouver sa population évacuée après le 7 octobre 2023. Le quotidien israélien “Ha’Aretz” est allé à la rencontre de ses habitants, qui se disent abandonnés par les autorités, mais restent largement fidèles au Likoud..
Kiryat Shmona est une ville israélienne située à seulement 2 kilomètres de la frontière avec le Liban, au nord d’Israël. Avant le 7 octobre 2023, elle comptait environ 24 000 habitants. Cette proximité avec la frontière en fait une zone régulièrement exposée aux tensions géopolitiques, notamment les conflits avec le Hezbollah, un groupe armé chiite basé au Liban. Le Hezbollah est considéré comme une organisation terroriste par plusieurs pays, dont les États-Unis, le Canada et Israël. La ville a été particulièrement touchée par les échanges de tirs et les roquettes depuis le début du conflit avec le Hezbollah en 2023, ce qui a poussé une partie de sa population à fuir.
Le 7 octobre 2023, une attaque sans précédent menée par le mouvement Hamas depuis la bande de Gaza a déclenché une guerre à grande échelle entre Israël et le Hamas. Craignant une infiltration du Hezbollah depuis le nord, les habitants de Kiryat Shmona ont commencé à évacuer massivement la ville dès les premiers jours du conflit. Le Hezbollah a riposté en lançant des roquettes et des missiles sur le nord d’Israël, aggravant la situation. Après un an et demi, les autorités locales ont appelé les habitants à revenir, mais seulement entre 12 000 et 16 000 personnes ont répondu à cet appel, soit environ la moitié de la population initiale. Certains, comme Pini Dahan, sont revenus avec une partie de leur famille, tandis que d’autres, comme son fils, ont choisi de s’installer ailleurs en Israël, notamment dans le centre du pays.
L’activité économique de Kiryat Shmona, déjà fragile en raison du conflit, peine à se rétablir. Pini Dahan, propriétaire d’une station de lavage dans la zone industrielle de la ville, illustre cette situation : il attend désespérément des clients, mais l’activité reste très faible. Avant la guerre, la ville bénéficiait d’une économie locale dynamique, mais l’exode des habitants et les destructions liées aux bombardements ont réduit les opportunités. Les habitants se sentent également abandonnés par les autorités, qui n’ont pas réussi à leur offrir un sentiment de sécurité suffisant pour les inciter à revenir en masse. Cette situation économique difficile s’ajoute à un climat de méfiance envers les institutions.
Malgré les difficultés, une majorité des habitants de Kiryat Shmona restent fidèles au Likoud, le parti politique de droite dirigé par Benyamin Nétanyahou, Premier ministre d’Israël. Le Likoud est un parti nationaliste et conservateur, qui défend une ligne dure en matière de sécurité et de souveraineté israélienne, notamment face aux groupes armés comme le Hezbollah ou le Hamas. Les habitants de Kiryat Shmona, meurtris par des années de conflits et de menaces à leur sécurité, semblent donc se tourner vers des solutions politiques perçues comme plus fermes. Cette tendance reflète une radicalisation des positions politiques dans les zones frontalières, où la priorité est donnée à la protection des citoyens.
Le *Likoud* est le principal parti de la coalition gouvernementale israélienne, dirigée par Benyamin Nétanyahou depuis plusieurs années. Nétanyahou, figure emblématique de la droite israélienne, est connu pour sa politique de fermeté face aux groupes armés et pour son opposition à la création d’un État palestinien. Dans le contexte de Kiryat Shmona, son parti incarne une réponse perçue comme forte aux menaces extérieures, ce qui explique en partie son soutien dans cette ville. Les habitants, en se tournant vers le *Likoud*, expriment ainsi leur mécontentement envers les autorités locales et nationales, qu’ils jugent incapables de garantir leur sécurité, tout en rejetant les alternatives politiques perçues comme plus modérées.

