Spotify a supprimé 75 millions de morceaux en un an : l’entreprise veut nettoyer sa plateforme des déchets musicaux générés par IA
L'entreprise suédoise veut trier le bon grain de l'ivraie musicale : un ménage de printemps plutôt bienvenu pour les mélomanes, qui n'ont pas forcément envie de s'infliger des playlists gonflées de morceaux produits à la chaîne uniquement pour capter les royalties..
Depuis la rentrée 2025, Spotify a lancé une opération de nettoyage massive de sa plateforme en supprimant 75 millions de titres générés par intelligence artificielle (IA) sur les douze derniers mois. Cette décision s'inscrit dans une volonté de lutter contre le phénomène appelé « l’IA slop », terme désignant des morceaux bâclés, produits en masse par des algorithmes pour exploiter le système de répartition des revenus du streaming. Ces titres, souvent créés à moindre coût et téléversés en grand nombre, noient les créations humaines sous un volume excessif. Sam Duboff, responsable mondial des artistes et du marketing chez Spotify, souligne que ces contenus dégradent l'expérience utilisateur et que personne ne souhaite les voir figurer sur la plateforme. La suppression ne concerne pas les trois quarts du catalogue total (plus de 100 millions de titres), mais des morceaux ayant transité par les serveurs sans apporter de valeur réelle.
Pour encadrer l'utilisation de l'IA dans la création musicale, Spotify a mis en place un système de « crédits IA », une mention facultative où l'artiste déclare lui-même si son morceau a été partiellement ou totalement généré par une machine. Une pastille verte sur les comptes certifie également l'authenticité de l'artiste. Cette approche repose sur la transparence volontaire des créateurs, mais présente des limites : certains morceaux échappent au contrôle, comme en témoignent des cas comme celui de Josh Fawaz, dont une reprise deep house de Like a Prayer de Madonna a suscité des doutes avant d'être officiellement reconnue comme humaine. Malgré ces mesures, des exemples comme Heart on My Sleeve de Ghostwriter ou les groupes The Velvet Sundown et Breaking Rust montrent que des productions réalistes peuvent tromper les auditeurs avant d'être démasquées.
Selon Spotify, la musique entièrement générée par IA ne représente pas plus de 1% des écoutes sur sa plateforme, ce qui limite son impact financier pour les producteurs de ces contenus. Sam Duboff précise que les auditeurs recherchent activement de la musique authentique et humaine, un constat confirmé par l'augmentation des revenus reversés aux ayants droit, passés de 1 milliard d'euros en 2014 à 11 milliards d'euros en 2026. Cependant, cette croissance des revenus attire davantage d'acteurs cherchant à capter une part des redevances, alimentant ainsi le phénomène de spam musical. Bien que ces contenus ne menacent pas les marges de Spotify, ils dégradent l'expérience utilisateur et justifient les efforts de purification de la plateforme.
Le système de filtrage anti-spam de Spotify se concentre sur des pratiques suspectes plutôt que sur le contenu musical lui-même. Il traque notamment les téléversements en masse, les doublons, le bourrage de mots-clés dans les métadonnées ou les morceaux artificiellement courts conçus pour maximiser les revenus rapidement. Ces critères permettent d'identifier les titres uploadés dans un but purement lucratif, sans valeur artistique. L'entreprise ne cherche pas à interdire totalement la musique générée par IA, mais à éliminer les abus qui polluent son catalogue. Cette approche technique vise à préserver la qualité de l'expérience utilisateur tout en maintenant un équilibre entre innovation et authenticité dans l'écosystème du streaming.

