Les Caraïbes, nouvel eldorado des techno-libertariens
L’investisseur belge Olivier Janssens, qui a fait fortune dans les cryptomonnaies, s’est mis en tête de construire le “Dubaï des Caraïbes” sur la petite île de Nevis. Les habitants craignent que ce libertarien ne crée un État dans l’État, alors que les projets d’enclaves autonomes pullulent dans la région..
En janvier 2026, Olivier Janssens, un cryptomilliardaire belge devenu citoyen de l’île de Nevis dans les Caraïbes orientales, propose un projet immobilier ambitieux nommé Destiny. Ce projet prévoit la construction d’une enclave futuriste couvrant un dixième de l’île, soit environ 10 % de sa superficie totale. L’enclave accueillerait 10 000 nouveaux résidents et disposerait de sa propre monnaie ainsi que de ses propres tribunaux. Janssens décrit ce projet comme le “Monaco-Dubaï des Caraïbes”, évoquant ainsi une zone économique et résidentielle haut de gamme, autonome et attractive. Cependant, ce projet suscite des réactions contrastées parmi les 13 000 habitants de Nevis, certains le qualifiant d’irréaliste ou de démesuré.
Les Caraïbes sont devenues une région prisée par les techno-libertariens, des individus souvent originaires de pays occidentaux qui cherchent à échapper à la bureaucratie, aux réglementations strictes ou aux systèmes fiscaux de leur pays d’origine. Ces personnes, souvent des entrepreneurs ou des investisseurs dans les nouvelles technologies comme les cryptomonnaies, y créent des enclaves libertariennes ou juridictions spéciales. Ces zones se caractérisent par des règles économiques, juridiques et fiscales distinctes de celles du pays hôte, offrant parfois une grande autonomie, voire une souveraineté partielle. Parmi les exemples mentionnés figurent les “villes à charte” (charter cities), des zones urbaines autonomes, et des collectifs organisés autour de la blockchain, une technologie de stockage et de transmission d’informations sécurisée et décentralisée.
Les Caraïbes se distinguent comme un terrain d’expérimentation pour ces projets, attirant des promoteurs souvent excentriques ou issus du monde des technologies. Vera Kichanova, membre de la Free Cities Foundation, un groupe de réflexion américain, souligne que cette région abrite “les expériences les plus audacieuses” en matière de création de zones autonomes. Ces initiatives visent à tester des modèles économiques et sociaux alternatifs, parfois inspirés par des idéologies libertariennes, qui prônent une réduction maximale de l’intervention de l’État dans la vie économique et privée. Les promoteurs de ces projets sont généralement des figures controversées, perçues comme des tech bros (terme désignant des entrepreneurs ou investisseurs du secteur technologique) fuyant les contraintes de leur pays d’origine.
Le projet *Destiny* à Nevis illustre les tensions entre les promoteurs de ces enclaves et les populations locales. Glendale Herbert, membre de la *Nevis Community Foundation*, une organisation de la société civile, réagit avec scepticisme en déclarant *“Il faut être dingue”* face à l’ampleur du projet. Les opposants craignent que ces enclaves ne créent des inégalités sociales, une gentrification accélérée ou une perte de souveraineté locale. Ils s’inquiètent également des impacts environnementaux et des changements démographiques brutaux que pourraient entraîner l’arrivée de 10 000 nouveaux résidents dans une île de seulement 13 000 habitants. Ces projets soulèvent donc des questions éthiques, politiques et sociales, au-delà de leurs promesses économiques.

