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Les aînés, « on les réduit à la pauvreté »

ICI Radio-Canada · mis à jour il y a 7 j

La hausse du coût de la vie fragilise de nombreux aînés dans son sillage. Témoignage..

Témoignage d'une aînée

Johanne Martel, 65 ans, professeure de yoga et designer d'intérieur à la retraite, vit dans le village de Sainte-Françoise au Bas-Saint-Laurent. Elle décrit sa réalité quotidienne marquée par la précarité financière, malgré sa pension de la Sécurité de la vieillesse (PSV). Elle souligne que cette pension ne couvre plus les besoins essentiels comme l'alimentation ou le transport, notamment depuis la hausse des prix des aliments et de l'essence entre 2023 et 2026. Par exemple, elle a dû utiliser l'essence de sa tondeuse pour faire le trajet de 12 km jusqu'à Trois-Pistoles, chef-lieu de la région, faute de fonds suffisants. Elle dénonce un système qui, selon elle, réduit les aînés à la pauvreté et appelle à briser le tabou entourant cette situation.

Système de retraite au Québec

Le système de retraite québécois repose sur trois piliers : le volet fédéral avec la Sécurité de la vieillesse (PSV) et le Supplément de revenu garanti (SRG), le volet provincial avec le Régime des rentes du Québec (RRQ), et enfin l'épargne personnelle ainsi que les régimes de pension privés. En 2026, une personne âgée de 65 ans ne disposant que de la PSV et du SRG a un revenu annuel de 25 868 $. Ce montant représente seulement 58 % du revenu viable nécessaire pour vivre dignement à Sept-Îles, selon l'Institut de recherche et d’informations socioéconomiques (IRIS). Le revenu viable est une mesure qui calcule le montant minimal pour couvrir les besoins essentiels hors de la pauvreté. Plus d’un aîné sur quatre au Québec n’a aucun revenu de retraite privée ou de placements, ce qui aggrave leur précarité.

Conséquences de la précarité

La précarité financière des aînés a des conséquences graves, notamment sur leur santé et leur dignité. Christian Girard, chercheur à l'Observatoire québécois des inégalités, explique que les aînés doivent souvent faire des compromis déchirants entre leurs besoins financiers et d'autres dépenses essentielles comme les médicaments ou les déplacements. Par exemple, une enquête canadienne révèle que certains aînés ont renoncé à des médicaments faute de moyens. Richard Rancourt, président du Club 50+ du Québec, confirme que l’appauvrissement est un souci majeur pour de nombreux membres, surtout dans les milieux ruraux où les services à domicile sont insuffisants. Pierre-Paul Malenfant, président de l’Association québécoise de défense des droits des retraités, souligne que les aînés des villages ruraux, privés de transports en commun et d’épiceries de proximité, sont particulièrement vulnérables.

Précarité alimentaire en hausse

La précarité alimentaire chez les aînés s’aggrave, comme le montre Karine Jean, directrice du Carrefour d’initiatives populaires de Rivière-du-Loup. Son organisme a enregistré une hausse de 34,5 % de la fréquentation de son comptoir de récupération alimentaire entre 2024 et 2025. Elle rapporte des situations extrêmes, comme des aînés diluant de la farine dans de l’eau pour nourrir leurs animaux, faute de pouvoir s’offrir une alimentation suffisante. Elle critique vivement les partis politiques pour leur inaction et exige des engagements concrets plutôt que des promesses. L’Observatoire québécois des inégalités confirme cette tendance, soulignant que l’insécurité alimentaire met en danger la santé des aînés, déjà fragilisés par une alimentation réduite ou un manque d’appétit.

Ce que ça pourrait changer

Au Bas-Saint-Laurent, plus d’une personne sur quatre a 65 ans ou plus, et dans certaines municipalités rurales, plus de la moitié des aînés reçoivent le *Supplément de revenu garanti*. Les fermetures de services de proximité, comme les épiceries ou les transports en commun, aggravent leur isolement et leur précarité. Face à cette situation, Johanne Martel souhaite créer une mobilisation sociale pour faire entendre la voix des aînés et exiger des changements. Elle refuse de baisser les bras et insiste sur le fait que les aînés, qui ont contribué toute leur vie à construire leur région, méritent une retraite digne. Elle souhaite rester dans sa maison à la campagne, symbole de sa liberté et de sa dignité, malgré les difficultés financières.

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