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En 2021, la Chine a construit sa première route en plastique à partir de 6 000 bouteilles de lait

Science & Vie · mis à jour il y a 4 j

Un emballage alimentaire peut sembler facile à recycler, jusqu’à ce que les résidus qu’il contient compliquent le tri et découragent les filières classiques. À Shanghai, une route en plastique recyclé a offert une seconde vie à des milliers de bouteilles de lait jugées trop contaminées pour être valorisées normalement..

Route en plastique recyclé

En 2021, la Chine a inauguré sa première route fabriquée à partir de déchets plastiques recyclés. Ce projet pilote, réalisé dans la ville de Xiaogan (province du Hubei), a utilisé environ 6 000 bouteilles de lait usagées pour créer un revêtement routier innovant. Le plastique, issu de ces emballages, a été transformé en un matériau composite adapté au pavage. Cette initiative s’inscrit dans une démarche de valorisation des déchets et de réduction de la pollution plastique, un enjeu majeur pour les pays confrontés à une accumulation de plastiques difficiles à recycler. Les bouteilles de lait, composées d’un plastique spécifique (souvent du polyéthylène téréphtalate ou PET), ont été broyées et intégrées à un mélange bitumineux pour former une chaussée plus résistante et durable que les revêtements traditionnels.

Déchets plastiques difficiles à recycler

Les bouteilles de lait appartiennent à une catégorie de plastiques particulièrement complexe à recycler, appelée plastique multicouche ou plastique souillé. Contrairement aux bouteilles en PET (comme celles d’eau gazeuse), celles en lait sont souvent composées de plusieurs couches de matériaux différents, dont du polyéthylène (PE) et de l’aluminium, ce qui les rend difficiles à séparer et à traiter. En Chine, comme dans de nombreux pays, ces déchets représentent un défi environnemental : seulement 9 % des plastiques sont recyclés dans le monde, et une grande partie finit incinérée, enfouie ou dispersée dans la nature. Ce projet chinois propose une solution alternative en intégrant ces plastiques dans des infrastructures publiques, évitant ainsi leur accumulation dans les décharges ou les océans.

Avantages du matériau

Le matériau utilisé pour cette route présente plusieurs avantages par rapport aux revêtements classiques. D’abord, il permet de recycler des déchets autrement non valorisables, réduisant ainsi la quantité de plastique envoyée aux décharges ou dans les écosystèmes. Ensuite, ce type de chaussée serait plus résistant à l’usure et aux intempéries, grâce à la flexibilité du plastique qui absorbe mieux les chocs et les variations de température. Enfin, sa fabrication pourrait être moins énergivore que celle du bitume traditionnel, bien que les données précises sur son bilan carbone ne soient pas encore disponibles. Ce projet s’inscrit dans une tendance mondiale de circularité des matériaux, où les déchets deviennent des ressources pour de nouvelles applications.

Contexte et enjeux

La Chine, premier producteur mondial de plastique, fait face à une crise environnementale liée à la gestion de ses déchets. En 2018, le pays a interdit l’importation de plastiques étrangers, ce qui a accentué la pression sur ses propres capacités de recyclage. Cette route en plastique s’inscrit dans une stratégie plus large de l’État chinois pour promouvoir l’économie circulaire et réduire la pollution. Elle s’ajoute à d’autres initiatives locales, comme l’utilisation de plastiques recyclés pour fabriquer des meubles urbains ou des clôtures. Cependant, ce type de projet reste marginal face à l’ampleur du problème : la Chine génère environ 25 millions de tonnes de déchets plastiques par an, dont seulement 30 % sont recyclés.

Ce que ça pourrait changer

Malgré son caractère innovant, ce projet soulève plusieurs questions. D’abord, la durabilité à long terme de cette route n’a pas encore été testée sur plusieurs années, contrairement aux revêtements traditionnels dont la durée de vie est bien documentée. Ensuite, le coût de production de ce matériau reste à évaluer : bien que le plastique soit un déchet, sa transformation en matériau de construction nécessite des procédés spécifiques, potentiellement coûteux. Enfin, ce type de solution ne traite pas la racine du problème, à savoir la surproduction de plastiques à usage unique. Pour être efficace, il devrait s’accompagner de politiques publiques visant à réduire la consommation de plastiques et à améliorer leur recyclage classique.

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