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Société

Thélyson Orélien a-t-il écrit son roman avec une IA? Procès d'un livre que presque personne n'a lu

Slate FR · mis à jour 24 sept.

«C'était ça ou mourir», le roman de Thélyson Orélien qui vient d'obtenir le Prix Fnac, a-t-il été écrit par une intelligence artificielle? L'emballement médiatique autour de cette affaire est d'autant plus intense que les preuves sont invérifiables, ce qui n'empêche nullement les certitudes de s'étaler. Une histoire qui dit beaucoup de notre rapport à la création littéraire..

Un roman primé

Le roman C'était ça ou mourir de Thélyson Orélien a remporté le Prix Fnac en septembre 2026, un prix littéraire français récompensant des ouvrages accessibles au grand public. L'auteur, originaire du Québec mais d'origine haïtienne, est un écrivain peu connu avant cette distinction. Le livre, publié chez Grasset (une maison d'édition appartenant au groupe Vincent Bolloré), suscite un intérêt médiatique soudain, bien que sa diffusion reste limitée avec seulement 35 000 exemplaires écoulés à ce stade. Le prix Fnac, souvent considéré comme un tremplin pour les ventes, a relancé l'attention sur cette œuvre, mais aussi sur son auteur, dont la légitimité est rapidement remise en question.

Accusation d'IA virale

Tout commence sur le réseau social X (anciennement Twitter), où un compte anonyme nommé Balance ton Claude (référence à l'outil d'IA Claude développé par Anthropic) affirme que le roman de Thélyson Orélien aurait été écrit par une intelligence artificielle (IA). Pour étayer cette claim, le compte utilise Pangram, un logiciel spécialisé dans la détection de textes générés par IA. Selon Pangram, la probabilité que le livre soit une œuvre d'IA serait de 95 à 100 %. Cette affirmation, relayée par des journalistes comme Samuel Fitoussi du Figaro, devient virale en quelques heures. Pourtant, Pangram est lui-même un outil basé sur l'IA, ce qui soulève des questions sur la fiabilité de ses résultats. D'autres détecteurs d'IA, comme ceux cités par l'AFP, donnent des résultats contradictoires, avec des probabilités variant de 3 % à 99 %.

Débat politique et racial

L'accusation d'utilisation d'IA s'inscrit dans un débat plus large sur la légitimité littéraire de Thélyson Orélien, qui est un homme noir et d'origine haïtienne. Certains médias, comme l'hebdomadaire d'extrême droite Valeurs actuelles, remettent en cause la qualité du livre en évoquant des tropes racistes et une morale jugée artificielle, tout en suggérant que le recours à l'IA expliquerait son succès. À l'inverse, d'autres critiques, comme Johann Faerber, dénoncent un racisme latent, estimant que les attaques contre l'auteur visent à dévaloriser un écrivain noir sous prétexte de soupçon d'IA. Grasset, l'éditeur du livre, réagit en évoquant une possible théorie du complot ou une tentative de nuire à l'auteur, notamment en raison de son origine et de sa couleur de peau. Le débat mêle ainsi des enjeux littéraires, politiques et raciaux.

Limites des détecteurs d'IA

Les outils de détection d'IA, comme Pangram, sont eux-mêmes des programmes basés sur l'apprentissage automatique, ce qui les rend sujets à des erreurs. L'article souligne que ces détecteurs peuvent donner des résultats contradictoires, avec des probabilités variant selon les outils utilisés. Par exemple, France Inter estime à 95-100 % la probabilité d'IA dans le livre, tandis que l'AFP cite sept autres détecteurs dont les conclusions divergent. L'éditeur Grasset rappelle que ces outils sont encore en développement et que leur fiabilité reste discutable. Pourtant, une fois une accusation lancée, elle est souvent reprise sans vérification, alimentant une désinformation où les certitudes priment sur les preuves. Le problème est amplifié par le fait que presque personne n'a réellement lu le livre, mais que les accusations circulent comme des vérités établies.

Impact sur la perception de l'œuvre

L'accusation d'IA a un impact immédiat sur la perception du roman, même si presque personne ne l'a lu. Les critiques littéraires qui avaient encensé le livre sont désormais discrédités, leurs jugements étant remis en cause au motif qu'ils auraient été dupés par une œuvre artificielle. L'article évoque une passion française pour la célébrité, où le succès est souvent perçu comme suspect, surtout lorsqu'il s'agit d'un auteur issu de la diversité. Thélyson Orélien, qui nie catégoriquement avoir utilisé une IA, dénonce des attaques racistes et un monde où l'origine d'un auteur prime sur son travail. Pourtant, une fois le soupçon semé, il est difficile de l'effacer : même si l'auteur prouve avoir tout écrit lui-même, le doute persistera, comme le résume une citation de Beaumarchais : « Le mal est fait, il germe, il rampe, il chemine ».

Ce que ça pourrait changer

L'affaire soulève une question plus large sur la **création littéraire** et le rôle de l'IA dans l'art. L'article interroge notre attachement à l'idée romantique de l'artiste souffrant et inspiré, incarné par des figures comme **Marcel Proust** ou **Ludwig van Beethoven**. Avec l'IA, cette vision est bousculée : une œuvre peut-elle encore émouvoir si elle est perçue comme générée par une machine ? L'IA symbolise pour certains la **facilité**, le **plagiat** et l'**immédiateté**, en opposition à l'effort, à la souffrance et à l'originalité associés à la création humaine. Pourtant, les jeunes générations pourraient avoir une vision différente de la littérature, où l'IA deviendrait un outil comme un autre. L'article cite **Roland Barthes** et sa théorie de *« La Mort de l'auteur »*, qui remet en cause l'importance de l'identité de l'auteur au profit de l'œuvre elle-même. Cependant, dans ce cas précis, le soupçon d'IA menace de réduire le roman à une simple illusion, une *« poupée gonflable »* ou un *« Tamagotchi »*, privant ainsi le lecteur de l'émotion liée à l'humain derrière l'œuvre.

Sujets complémentaires

Ce contenu a été généré par intelligence artificielle à partir de l'article source. Il peut contenir des erreurs ou imprécisions.