David Gross, lauréat du prix Nobel de physique : « Les chances que l’humanité vive encore 50 ans sont très faibles. »
On se rassure en pensant que l’humanité a traversé la guerre froide sans jamais basculer. Pourtant, un physicien de renom juge aujourd’hui nos perspectives bien plus sombres qu’à l’époque.
David Gross, physicien américain lauréat du prix Nobel de physique en 2004 pour ses travaux sur la théorie des cordes, a récemment alerté sur la survie de l’humanité. Selon lui, les chances que l’humanité existe encore dans 50 ans sont très faibles. Cette déclaration contraste avec une idée reçue : celle d’une humanité ayant surmonté des crises majeures comme la guerre froide (1947-1991), période de tensions extrêmes entre les États-Unis et l’URSS sans conflit direct. Gross estime que les risques actuels, notamment liés à l’arme nucléaire, sont bien plus préoccupants qu’à l’époque. Son analyse repose sur une évaluation des menaces existentielles, où l’arme nucléaire joue un rôle central en raison de son pouvoir destructeur sans précédent.
L’arme nucléaire est au cœur des inquiétudes de David Gross. Contrairement aux crises passées, comme la guerre froide où les deux superpuissances évitaient un affrontement direct, les risques actuels incluent une multiplication des acteurs nucléaires, une instabilité géopolitique accrue et des tensions persistantes entre pays comme la Russie, les États-Unis, la Chine ou la Corée du Nord. Une guerre nucléaire, même limitée, pourrait provoquer un hiver nucléaire : des incendies massifs rejetteraient des particules dans l’atmosphère, bloquant la lumière du soleil et provoquant des famines mondiales. Gross souligne que la probabilité d’un tel scénario, bien que faible, n’est plus négligeable. Les arsenaux nucléaires actuels comptent environ 13 000 ogives dans le monde, selon l’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (SIPRI), un chiffre qui illustre l’ampleur de la menace.
David Gross compare la situation actuelle à celle de la guerre froide, où le monde vivait sous la menace constante d’un conflit nucléaire. Cependant, il estime que les risques sont aujourd’hui différents et potentiellement plus dangereux. Pendant la guerre froide, les deux blocs (États-Unis et URSS) avaient mis en place des mécanismes de dissuasion, comme la destruction mutuelle assurée (Mutually Assured Destruction ou MAD en anglais), qui empêchait une attaque nucléaire en garantissant une riposte dévastatrice. Aujourd’hui, la prolifération nucléaire, les conflits régionaux et l’instabilité politique réduisent cette dissuasion. Gross suggère que la complexité des relations internationales et l’émergence de nouveaux acteurs nucléaires rendent le monde plus vulnérable à une escalade incontrôlable.
Face à ces risques, David Gross ne propose pas de solution immédiate, mais souligne l’urgence d’agir. Il rappelle que l’humanité a déjà frôlé des catastrophes nucléaires, comme lors de la **crise des missiles de Cuba** en 1962, où le monde s’est retrouvé au bord d’une guerre nucléaire. Depuis, les traités de désarmement, comme le **traité de non-prolifération nucléaire (TNP)** signé en 1968, ont permis de limiter la propagation des armes nucléaires. Cependant, ces accords sont aujourd’hui fragilisés par des tensions géopolitiques et le retrait de certains pays, comme les États-Unis sous l’administration Trump en 2018. Gross insiste sur la nécessité de renforcer la coopération internationale pour éviter un scénario catastrophe, tout en reconnaissant que les défis sont immenses.

