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Tarifs : un programme ontarien « clé » de 1 G$ n’octroie qu’un seul prêt en 8 mois

ICI Radio-Canada · mis à jour il y a 10 j

La province assure que six autres entreprises ont reçu des fonds depuis, mais refuse de les identifier..

Programme ontarien de 1 G$

Le Programme de financement pour protéger l’Ontario (PFPO) est une initiative annoncée en 2025 par le gouvernement ontarien pour soutenir les entreprises touchées par les tarifs douaniers américains. Doté d’un budget d’un milliard de dollars, ce programme vise à accorder des prêts aux compagnies en difficulté financière pour leur permettre de payer leurs frais courants et éviter des suppressions d’emplois. Il s’adresse notamment aux entreprises affectées par des tarifs sur l’acier, l’aluminium, le cuivre et les automobiles. Le PFPO a été officiellement lancé en août 2025, mais son déploiement a été lent, avec seulement un prêt approuvé en huit mois, pour un montant d’un million de dollars, accordé à l’entreprise Ckdpack Packaging inc. en février 2026. Six autres prêts auraient été octroyés depuis, mais le gouvernement refuse de divulguer leur identité ou leur montant.

Critères restrictifs du PFPO

Pour bénéficier du PFPO, les entreprises doivent répondre à des critères stricts. Elles doivent prouver qu’elles ont épuisé toutes leurs autres sources de financement avant de pouvoir demander un prêt. De plus, si elles obtiennent un prêt, elles deviennent automatiquement inéligibles à tout autre programme d’aide provincial dont elles ne bénéficiaient pas déjà. Le principal obstacle identifié par des experts comme Patrick Leblond, professeur à l’Université d’Ottawa, réside dans les exigences élevées en matière de garanties financières. Les entreprises doivent presque garantir leur capacité à rembourser le prêt, ce qui protège les fonds publics mais rend le programme inaccessible aux compagnies les plus vulnérables. Selon Leblond, cette condition crée un cercle vicieux : les entreprises en difficulté financière ont du mal à fournir ces garanties, même si elles ont besoin d’aide pour survivre.

Algoma Steel, cas particulier

Algoma Steel, une aciérie située à Sault Ste. Marie, a reçu un prêt de 100 millions de dollars du PFPO en septembre 2025, en complément d’un prêt fédéral de 400 millions de dollars. Cependant, cette aide n’apparaît pas dans la liste officielle des bénéficiaires du programme, car Algoma Steel n’a pas fait de demande via le portail du PFPO. Le gouvernement ontarien explique que ce prêt a été accordé en urgence, avant que le programme ne soit pleinement opérationnel. Une porte-parole de l’entreprise a confirmé ces informations dans un communiqué, mais sans mentionner le PFPO. Ce cas illustre les limites du programme, qui semble avoir été contourné pour des situations jugées prioritaires, mais aussi la complexité de son fonctionnement.

Assouplissements récents

Le 24 août 2026, le gouvernement ontarien a élargi les critères d’admissibilité du PFPO pour inclure les entreprises touchées par de nouvelles mesures commerciales américaines, comme des droits de douane de 50 %. Une semaine plus tard, le 29 août, il a annoncé que les compagnies affectées par des embargos ou des droits de douane entrant en vigueur les 15 et 29 septembre pourraient aussi bénéficier du programme. Ces ajustements visent à répondre à l’évolution de la guerre commerciale entre les États-Unis et le Canada. Patrick Leblond, expert en affaires publiques, considère ces assouplissements comme une bonne initiative, mais souligne que d’autres critères, comme les exigences de garanties, devraient aussi être revus pour rendre le programme plus accessible.

Réactions politiques et critiques

La cheffe néodémocrate Marit Stiles a critiqué la lenteur du déploiement du PFPO, s’interrogeant sur les raisons de ce retard et sur l’utilisation des fonds publics. Elle a déclaré : « Je suis très inquiète que l’argent n’ait pas été distribué. [...] Qu’est-ce qui leur prend autant de temps ? À qui va l’argent et pourquoi ? » Patrick Leblond, professeur à l’Université d’Ottawa, a qualifié l’utilisation de seulement 1 % de l’enveloppe initiale de « très très peu », soulignant que le programme ne semble pas répondre à un besoin urgent des entreprises ontariennes. Le gouvernement ontarien, par la voix de son porte-parole Gianpiero Colangelo, a défendu le PFPO en affirmant qu’il s’agit d’un outil parmi d’autres dans un plan global de 30 milliards de dollars pour soutenir les entreprises touchées par les tarifs.

Ce que ça pourrait changer

Le PFPO s’inscrit dans un contexte de tensions commerciales entre le Canada et les États-Unis, marquées par des tarifs douaniers américains sur des produits comme l’acier, l’aluminium et les automobiles. Ces mesures, imposées sous l’administration Trump, ont particulièrement affecté l’Ontario, une province industrielle où ces secteurs sont majeurs. Le gouvernement ontarien, dirigé par Doug Ford, a présenté le PFPO comme une mesure clé pour protéger les emplois et l’économie locale. Cependant, son efficacité limitée soulève des questions sur la rapidité et la transparence de sa mise en œuvre. Le programme est également critiqué pour son manque de clarté, notamment sur l’identité des bénéficiaires et les montants distribués, ce qui alimente les suspicions sur la gestion des fonds publics.

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