L’Arabie saoudite dans une impasse stratégique après la prise de contrôle de Bab El-Mandeb
Les rebelles yéménites alliés de Téhéran ont fermement établi leur contrôle sur le détroit de Bab El-Mandeb et peuvent désormais renforcer leur “blocus maritime” contre les navires saoudiens. Un revers majeur pour l’Arabie saoudite, qui risque de plus en plus d’être entraînée dans la guerre régionale, estime la presse moyen-orientale..
Les rebelles houthistes, alliés à l’Iran, ont pris le contrôle total du détroit de Bab El-Mandeb, une voie maritime stratégique reliant la mer Rouge au golfe d’Aden. Ce détroit est l’une des routes les plus fréquentées au monde, avec environ 12 % du commerce mondial transitant par ses eaux. Les houthistes ont établi un blocus maritime ciblant spécifiquement les navires saoudiens, ce qui représente un revers majeur pour l’Arabie saoudite. Ce détroit est crucial pour le transport du pétrole et des marchandises entre l’Europe, l’Asie et l’Afrique. Les houthistes, soutenus par l’Iran, renforcent ainsi leur pression militaire et économique sur le royaume saoudien, déjà engagé dans un conflit prolongé au Yémen depuis 2015.
L’Arabie saoudite se retrouve dans une situation géopolitique délicate, qualifiée de « triangle inconfortable » par la presse moyen-orientale. À l’est, le détroit d’Ormuz, autre voie maritime majeure pour l’exportation de pétrole saoudien, est perturbé par les tensions entre l’Iran et les États-Unis. À l’ouest, les houthistes contrôlent désormais Bab El-Mandeb, tandis qu’à l’intérieur du pays, des drones lancés depuis l’Irak par des groupes pro-iraniens menacent l’oléoduc est-ouest, une infrastructure clé pour contourner le blocus d’Ormuz. Cette situation limite les options militaires et économiques de Riyad, qui peine à trouver des solutions pour protéger ses intérêts stratégiques.
L’Arabie saoudite a sollicité à deux reprises l’appui militaire des États-Unis en septembre 2026, notamment auprès du président Donald Trump, pour contrer les attaques des houthistes. Cependant, Washington a refusé d’intervenir directement, estimant que le problème relevait d’un conflit local et non d’une menace pour les intérêts américains. Trump a même indiqué que les houthistes avaient garanti ne pas cibler les navires américains dans le détroit, soulignant que seul l’Arabie saoudite était concernée par le blocus. Cette position américaine illustre les divergences croissantes entre les deux alliés historiques, malgré leur partenariat de plusieurs décennies.
Face à l’inaction américaine, l’Arabie saoudite a tenté de diversifier ses alliances en signant un accord de défense avec la Turquie et le Pakistan en août 2026. Cependant, ces nouveaux partenaires montrent des réticences à s’engager militairement. Le Pakistan a d’abord évoqué la possibilité d’activer la clause d’assistance mutuelle en cas d’attaques houthistes, mais a finalement précisé qu’aucune action militaire n’était prévue. De son côté, la Turquie adopte une position prudente, sans volonté apparente de s’impliquer directement dans le conflit yéménite. Ces hésitations reflètent les limites des nouvelles alliances saoudiennes dans un contexte de tensions régionales.
Les observateurs craignent que l’Arabie saoudite ne soit progressivement entraînée dans une guerre plus large, notamment avec l’Iran. Une intervention militaire saoudienne contre les houthistes pourrait déclencher une réponse iranienne, aggravant ainsi les tensions dans la région. Parallèlement, les États-Unis pourraient tenter de convaincre l’Arabie saoudite de rejoindre les accords d’Abraham, des traités de normalisation des relations avec Israël. Cette stratégie vise à renforcer la position saoudienne face à l’Iran, mais elle se heurte aux réticences saoudiennes liées à la politique israélienne dans les territoires palestiniens. Riyad reste donc dans une position d’attente, cherchant une solution internationale pour éviter une escalade militaire.
L’Arabie saoudite hésite à relancer une opération militaire de grande envergure, comme celle lancée en 2015 au Yémen, qui s’était soldée par un échec. Le royaume mise plutôt sur une intervention internationale, soulignant que de nombreux acteurs sont concernés par la stabilité de Bab El-Mandeb, une route commerciale vitale. Les médias saoudiens, comme le journal *Al-Riyadh*, estiment que le monde ne tolérera pas un contrôle durable de ce détroit par une milice rebelle. Cependant, cette approche diplomatique reste incertaine, dans un contexte où les alliés traditionnels, comme les États-Unis, et les nouveaux partenaires, comme la Turquie ou le Pakistan, montrent peu d’empressement à s’engager militairement.

