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Géopolitique

En Espagne, des chiffres pour comprendre l’ampleur de la crise du logement

Courrier International · mis à jour 2 oct.

L’expulsion d’une octogénaire à Madrid a ravivé la mobilisation autour du sujet brûlant de la crise du logement en Espagne. En dix ans, les prix de l’immobilier ont augmenté de 80 % en moyenne dans tout le pays.

Crise majeure du logement

En Espagne, le logement est devenu un problème central pour des millions de personnes, au point de provoquer des mobilisations sociales. Cette crise s’illustre notamment par l’expulsion médiatisée d’une octogénaire de 87 ans, Maricarmen Abascal, de son appartement à Madrid le 23 septembre 2026. Ce cas symbolique a ravivé les tensions autour de la pénurie de logements abordables et des loyers élevés. Selon le quotidien El País, entre 2015 et 2025, les prix de l’immobilier ont augmenté de 80 % en moyenne dans tout le pays, tandis que les loyers ont grimpé de 85 %. À Madrid, épicentre de cette crise, les prix ont même presque doublé depuis 2015. Dans le même temps, les salaires n’ont progressé que de 30 %, creusant l’écart entre les revenus des Espagnols et le coût de la vie.

Demande en forte hausse

Plusieurs facteurs expliquent cette flambée des prix. D’abord, la demande de logements a fortement augmenté en raison de la croissance démographique. Depuis 2015, la population espagnole a progressé de 7 %, principalement grâce à une immigration accrue. Cette hausse est particulièrement marquée dans les grandes villes comme Madrid, Barcelone ou Valence, qui enregistrent aussi les plus fortes augmentations de prix. Par ailleurs, l’afflux massif de touristes a accentué la pression sur le marché immobilier. Dans des villes comme Malaga, Alicante ou Las Palmas, le nombre de nuitées dans des hébergements touristiques a plus que doublé entre 2018 et 2025. Ces touristes, souvent en quête de résidences secondaires ou de locations saisonnières, réduisent encore l’offre de logements disponibles pour les résidents locaux.

Offre insuffisante

Face à cette demande explosive, l’offre de logements neufs s’est effondrée. En septembre 2026, la gouverneure adjointe de la Banque d’Espagne a alerté sur un déficit de 1 million de logements d’ici 2028 si la situation ne s’améliore pas. Le rythme actuel de construction est insuffisant pour répondre aux besoins, même sans tenir compte de la croissance démographique prévue. Selon El País, il faudrait plus d’une décennie pour combler ce retard avec les moyens actuels. Cette pénurie s’explique par des réglementations complexes, des coûts de construction élevés et un manque de terrains constructibles dans les zones urbaines les plus tendues. Les promoteurs immobiliers peinent à suivre la cadence, aggravant la crise.

Ce que ça pourrait changer

Les répercussions de cette crise sont dramatiques pour les ménages espagnols. Les loyers et les prix de l’immobilier, bien supérieurs à l’évolution des salaires, rendent l’accès à un logement de plus en plus difficile, voire impossible pour une partie de la population. Les expulsions, comme celle de Maricarmen Abascal, illustrent cette réalité brutale. Les classes moyennes et les retraités sont particulièrement touchés, tandis que les inégalités se creusent entre ceux qui possèdent un bien et ceux qui en sont exclus. Cette situation alimente un sentiment d’injustice et de colère, poussant les Espagnols à manifester pour réclamer des solutions urgentes, comme des mesures de régulation des loyers ou des politiques publiques ambitieuses en matière de logement social.

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