Comment le Québec pourrait recycler des millions de tonnes de déchets de construction
Le secteur de la construction génère des millions de tonnes de débris chaque année, dont seule une infime partie est récupérée ou recyclée..
En 2023, le Québec a généré 3,3 millions de tonnes de résidus issus des chantiers de construction, rénovation et démolition (CRD). Ces débris incluent des matériaux variés comme des retailles de gypse (plaque de plâtre utilisée pour les murs), des morceaux de bois (2 x 4), des fils électriques, des tuyaux, du béton concassé, ainsi que des portes et fenêtres. Pourtant, seulement une petite partie de ces déchets est récupérée ou recyclée. Par exemple, une personne a observé que trois conteneurs remplis de ces matériaux ont été envoyés directement au dépotoir lors de la rénovation d’un duplex à Montréal, sans aucun tri préalable. Ce phénomène n’est pas isolé et reflète une pratique courante dans le secteur.
Malgré le potentiel de recyclage de ces déchets, la moitié des conteneurs issus des chantiers CRD au Québec sont envoyés sans tri au dépotoir. Même lorsque les matières passent par un centre de tri spécialisé, la moitié d’entre elles finissent également jetées, faute de trouver un repreneur. Ainsi, le secteur CRD est responsable à lui seul du tiers de toutes les matières enfouies au Québec. En d’autres termes, sur les 3,3 millions de tonnes de déchets CRD produits en 2023, une grande partie est gaspillée. Ce gaspillage a des conséquences environnementales, comme l’épuisement des ressources naturelles, et économiques, car il augmente les coûts liés à l’extraction de nouvelles matières premières.
Extraire et produire de nouvelles matières premières pour fabriquer des matériaux de construction est un processus coûteux, énergivore et polluant. Par exemple, la fabrication de béton, qui représente une part importante des déchets CRD, nécessite l’extraction de ressources comme le calcaire et le sable, ainsi que des quantités considérables d’énergie. De plus, ces activités génèrent des émissions de gaz à effet de serre, contribuant au changement climatique. Le recyclage des déchets CRD permettrait de réduire ces impacts en limitant l’extraction de nouvelles ressources et en diminuant les émissions associées à leur production.
Les déchets CRD contiennent pourtant des matériaux recyclables comme le béton, le bois, le métal et le gypse, qui pourraient être réutilisés dans de nouveaux projets de construction. Par exemple, le béton concassé peut être transformé en granulats pour fabriquer du nouveau béton, et le bois peut être broyé pour produire des panneaux ou de la biomasse. Cependant, ce potentiel reste largement inexploité en raison d’un manque de tri systématique sur les chantiers et d’une filière de recyclage encore peu développée. Des entreprises comme Écotri Désourdy, spécialisées dans le tri des déchets CRD, montrent qu’une meilleure gestion est possible.
Le gaspillage des déchets CRD représente aussi une perte économique pour le Québec. En effet, l’enfouissement des déchets coûte cher aux municipalités et aux entreprises, tandis que le recyclage pourrait générer des emplois et des revenus. Par exemple, recycler le béton ou le métal permet de réduire les coûts liés à l’achat de nouvelles matières premières. De plus, une meilleure gestion des déchets CRD pourrait positionner le Québec comme un leader dans l’économie circulaire, un modèle économique qui vise à réduire le gaspillage et à maximiser l’utilisation des ressources existantes.

