“Cela doit s’arrêter” : la vraie-fausse audace du président kazakh face à Poutine
Kassym-Jomart Tokaïev a suggéré à Vladimir Poutine de “geler” la guerre en Ukraine, devant les caméras, lors d’une rencontre à Omsk, sur le sol russe. Une phrase prononcée en y mettant les formes qui, selon certains analystes, aurait reçu le feu vert de Pékin et servirait surtout à Poutine pour mettre en scène sa propre ouverture aux négociations..
Le 25 juillet 2026, le président kazakh Kassym-Jomart Tokaïev et le président russe Vladimir Poutine se sont retrouvés à Omsk, une ville portuaire de Sibérie occidentale, pour le 22e Forum de coopération russo-kazakh. Cette rencontre s’inscrit dans un cadre diplomatique traditionnel, où les deux dirigeants évoquent des sujets comme les échanges commerciaux, les investissements, les infrastructures de transport et des projets communs. Parmi ces projets figure la construction de la première centrale nucléaire du Kazakhstan, un enjeu stratégique pour le pays. Aucune tension n’était perceptible lors de cette réunion, selon le média kazakh Exclusive.kz, qui décrit une scène bien huilée et conforme aux rituels diplomatiques. Omsk, située en Russie, sert de cadre à cet événement, soulignant l’importance des relations entre les deux nations.
Lors de son discours, Kassym-Jomart Tokaïev a surpris son auditoire en proposant de « geler » le conflit entre la Russie et l’Ukraine, une idée qu’il a qualifiée de « formule d’Istanbul 2.0 ». Cette expression fait référence aux négociations entamées à Istanbul peu après le début de la guerre en Ukraine, en février 2022. Tokaïev a précisé que le Kazakhstan ne souhaitait pas jouer un rôle de médiateur, mais a rappelé que le conflit était avant tout interétatique et non une guerre civile. Ces propos, tenus en Russie devant Vladimir Poutine, prennent une dimension particulière, car ils suggèrent une prise de position publique du Kazakhstan sur un sujet sensible pour Moscou. Le site d’opposition kazakh Masa.kz souligne que Tokaïev a soigneusement choisi ses mots avant de formuler cette proposition.
Les déclarations de Tokaïev ont été rapportées par la presse locale, notamment le site Masa.kz, qui met en lumière leur portée symbolique. En effet, évoquer un gel du conflit devant Poutine, dont la Russie est directement impliquée dans la guerre en Ukraine, revient à s’immiscer dans un dossier hautement sensible. Le Kazakhstan, bien que proche de la Russie, cherche à maintenir une position équilibrée dans ses relations internationales. Tokaïev a rappelé que le conflit était interétatique, une nuance importante pour distinguer les responsabilités et éviter toute confusion avec des conflits internes. Cette prise de parole publique pourrait être interprétée comme une tentative de montrer une forme d’audace, tout en restant dans les limites de la diplomatie.
Le Kazakhstan, pays d’Asie centrale, entretient des relations complexes avec la Russie, son voisin et partenaire économique majeur. Depuis le début de la guerre en Ukraine, Astana, la capitale kazakhe, a adopté une position prudente, refusant de condamner ouvertement Moscou tout en évitant de soutenir militairement ou économiquement la guerre. La proposition de Tokaïev s’inscrit dans cette ligne, cherchant à éviter une rupture avec la Russie tout en affichant une volonté de dialogue. Omsk, ville russe où s’est tenu le forum, symbolise cette proximité géographique et politique. Le Kazakhstan, riche en ressources naturelles, cherche à diversifier ses partenariats, notamment avec la Chine et l’Europe, tout en restant sous l’influence de Moscou.

