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«The Stunt Driver»: un saut insensé pour mieux exister

Le Devoir · mis à jour 25 sept.

Jay Baruchel parle de son rôle dans le pastiche biographique consacré à la vie du cascadeur montréalais Ken Carter..

Ken Carter, cascadeur fou

En 1976, Ken Carter, un cascadeur montréalais surnommé le « Mad Canadian », imagine un projet démesuré : sauter au-dessus du fleuve Saint-Laurent avec une voiture-fusée propulsée depuis une rampe de 27,5 mètres de haut. Le saut, prévu pour couvrir 1,6 kilomètre, doit représenter son chef-d’œuvre et le propulser au rang de légende. Pourtant, près de cinq ans plus tard, la rampe est construite, mais Ken n’a toujours pas réalisé son saut. Ce personnage haut en couleur, obsédé par cet objectif impossible, devient le sujet d’un film biographique intitulé The Stunt Driver (titre français : Le grand saut). Le film s’inspire de sa vie et de son ambition démesurée, tout en explorant les obstacles qui l’empêchent de concrétiser son rêve. Ken Carter incarne ainsi une quête universelle : celle de l’accomplissement d’un rêve fou, malgré les limites humaines et les aléas de la vie.

Un film inspiré d’un vrai cascadeur

The Stunt Driver s’appuie sur un documentaire intitulé The Devil at Your Heels, réalisé par Robert Fortier et disponible gratuitement sur le site de l’Office national du film du Canada (ONF). Ce documentaire montre les cascades réelles de Ken Carter, dont certaines images ont été intégrées au film pour renforcer son authenticité. Le réalisateur Michael Dowse a cherché à créer une harmonie visuelle entre les archives et les scènes tournées en 16 mm, une pellicule utilisée dans les années 1970-1980 pour un rendu rétro. Certaines scènes ont même été tournées en vrai 16 mm, tandis que d’autres utilisaient une version simulée pour éviter une rupture visuelle trop marquée. L’objectif était d’immerger le spectateur dans l’époque du film, tout en rendant hommage à la réalité du cascadeur.

Michael Dowse et son style

Michael Dowse, réalisateur de films comme FUBAR ou Goon, a découvert l’histoire de Ken Carter en visionnant le documentaire The Devil at Your Heels. Il a été immédiatement fasciné par l’ampleur du projet de Carter et par les parallèles qu’il pouvait établir avec sa propre carrière. Pour Dowse, Ken Carter représente une ambition aveugle, une capacité à rire de soi et une volonté farouche d’accomplir l’impossible, des traits qu’il retrouve dans sa propre approche du cinéma. Le film The Stunt Driver est donc à la fois une comédie biographique et un hommage à ces rêves démesurés qui, malgré les échecs, donnent un sens à l’existence. Dowse souligne que l’histoire de Ken Carter a une dimension universelle, car chacun peut s’identifier à cette quête d’accomplissement.

Jay Baruchel incarne Ken Carter

Jay Baruchel, acteur canadien connu pour ses rôles dans This is the End ou BlackBerry, prête ses traits à Ken Carter dans The Stunt Driver. Baruchel, qui a grandi à Montréal dans un quartier populaire (NDG, près de la voie ferrée), a été immédiatement touché par le scénario de Michael Dowse. Pour lui, incarner Ken Carter était aussi une manière de rendre hommage aux hommes de son enfance, dont les accents, les expressions et les attitudes lui étaient familiers. Baruchel décrit son personnage comme un homme drôle, mais profondément humain, dont l’ambition est à la fois comique et tragique. Il souligne que le film capture la vulnérabilité de Ken Carter, notamment à travers sa relation avec Gloria, son épouse interprétée par Laurence Leboeuf.

La relation Ken-Gloria

Gloria, le personnage interprété par Laurence Leboeuf, joue un rôle central dans The Stunt Driver. Elle incarne une force tranquille, une femme qui soutient Ken Carter malgré ses échecs répétés et son obsession pour le saut impossible. Leboeuf explique que la relation entre Ken et Gloria est l’un des piliers du film, car elle révèle la vulnérabilité de Ken et tout ce qu’il a à perdre. Cette dynamique ajoute une dimension émotionnelle au film, notamment dans les scènes plus sérieuses, où le spectateur est confronté à la fragilité du personnage principal. Gloria représente ainsi l’équilibre entre l’ambition démesurée de Ken et les réalités de la vie quotidienne.

Un pastiche des années 1970-1980

Le film The Stunt Driver adopte un style visuel inspiré des productions indépendantes des années 1970-1980, avec des costumes, des coiffures et une direction artistique soigneusement reconstitués pour coller à l’époque. La direction photo de Sara Mishara renforce cette esthétique rétro, tandis que l’intégration des images d’archives de Ken Carter s’intègre naturellement dans ce cadre. Ce choix permet de créer une immersion authentique et de souligner le contraste entre l’ambition démesurée du personnage et les limites de la réalité. Le film alterne ainsi entre humour, émotion et nostalgie, tout en rendant hommage à l’esprit des cascades des années 1970.

Ce que ça pourrait changer

*The Stunt Driver* a été salué pour son approche à la fois drôle et touchante du personnage de Ken Carter. Jay Baruchel y livre une performance attachante, même si son personnage peut agacer par son entêtement. Les autres acteurs, comme Ed Helms (qui joue le concepteur de la voiture-fusée) ou Ben Foster (dans le rôle d’Evel Knievel, un célèbre cascadeur américain), apportent une touche de comédie savoureuse. Laurence Leboeuf, en Gloria, est particulièrement remarquée pour son interprétation d’une femme à la fois forte et vulnérable. Le film, bien que parfois critiqué pour ses longueurs, suscite une réelle sympathie pour son héros, dont l’ambition et les échecs résonnent avec le public.

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