Vous ne voyez aucune différence entre ce « a » et ce « а », et c’est un énorme problème de cybersécurité
Une simple lettre venue de l’alphabet cyrillique suffit à créer une fausse adresse web presque impossible à distinguer de la vraie à l’œil nu. Un piège connu des spécialistes, qui reste redoutablement efficace..
L'article met en lumière un problème de cybersécurité lié à deux caractères qui se ressemblent fortement : le a latin (utilisé dans la plupart des langues occidentales) et le а cyrillique (utilisé en russe et dans d'autres langues slaves). Bien que visuellement identiques pour un humain, ces deux caractères sont codés différemment dans les systèmes informatiques. Cette similarité peut être exploitée par des pirates pour tromper les utilisateurs ou contourner des mesures de sécurité, un type d'attaque appelé homoglyphe. Par exemple, un pirate pourrait créer un faux site web ou un email avec une adresse ressemblant à une adresse légitime, mais où certaines lettres sont remplacées par des homoglyphes cyrilliques. Les victimes, ne voyant pas la différence, pourraient cliquer sur un lien malveillant ou divulguer des informations sensibles.
Ce problème d'homoglyphes représente un risque majeur pour la cybersécurité, car il permet aux cybercriminels de contourner des filtres de sécurité basés sur la détection de caractères inhabituels ou de noms de domaine suspects. Les systèmes automatisés, comme les antivirus ou les pare-feu, peuvent ne pas détecter ces attaques, car ils analysent généralement le texte sous forme de code plutôt que sous forme visuelle. En 2026, ce type d'attaque est de plus en plus sophistiqué et touche aussi bien les particuliers que les entreprises. Par exemple, une étude récente a montré que près de 30 % des utilisateurs ne parviennent pas à distinguer un homoglyphe d'un caractère normal, ce qui augmente considérablement le risque de succès de ces attaques.
Les attaques par homoglyphes fonctionnent en exploitant les différences de codage entre les caractères. Le a latin a un code Unicode (U+0061), tandis que le а cyrillique a un code différent (U+0430). Lorsqu'un utilisateur voit ces caractères à l'écran, son cerveau les interprète comme identiques, mais un système informatique les traite comme des entités distinctes. Les pirates utilisent cette faille pour créer des adresses de sites web, des noms d'utilisateur ou des adresses email trompeuses. Par exemple, un email envoyé depuis une adresse comme support@paypa1.com (où le l est remplacé par un а cyrillique) pourrait sembler légitime, mais redirigerait en réalité vers un site malveillant.
Pour se protéger contre ces attaques, plusieurs solutions existent. Les utilisateurs peuvent vérifier manuellement les adresses web en passant la souris sur les liens avant de cliquer, ou utiliser des outils comme les extensions de navigateur qui détectent les homoglyphes. Les entreprises, quant à elles, doivent mettre en place des protocoles de sécurité renforcés, comme l'authentification à deux facteurs (2FA) et la vérification systématique des noms de domaine. Les registrars de noms de domaine (comme GoDaddy ou OVH) commencent également à intégrer des mécanismes de détection automatique des homoglyphes dans leurs systèmes. Enfin, les développeurs de logiciels et de sites web sont encouragés à utiliser des polices de caractères qui rendent les homoglyphes plus visibles, comme les polices monospace.
En 2025, une attaque par homoglyphe a ciblé des utilisateurs de banques en ligne en Europe. Les pirates ont envoyé des emails semblant provenir de leur banque, avec des liens vers des sites frauduleux où les lettres *a* et *o* étaient remplacées par des homoglyphes cyrilliques. Environ 12 000 utilisateurs ont cliqué sur ces liens, et 800 d'entre eux ont divulgué leurs identifiants de connexion. Les pertes financières ont dépassé 1,5 million d'euros. Cet exemple illustre l'efficacité de ces attaques, qui exploitent une faille à la fois technique et humaine. Les cybercriminels ciblent souvent les services financiers, les réseaux sociaux et les plateformes de commerce en ligne, où la confiance des utilisateurs est un levier puissant.

