Extrême droite et féminisme d’État : aux origines du fémonationalisme [Podcast]
Comment expliquer les succès récents de l'extrême droite auprès des femmes ? Dans un épisode du podcast "Minuit dans le siècle", Charlène Calderado montre qu'il faut comprendre à la fois la manière dont des partis ou collectifs néofascistes s'approprient la cause des femmes mais aussi comment le féminisme d’État a favorisé une telle appropriation. L’article Extrême droite et féminisme d’État : aux origines du fémonationalisme [Podcast] est apparu en premier sur Contretemps..
L'article s'interroge sur les raisons du succès croissant de l'extrême droite auprès des femmes ces dernières années. Pour y répondre, Charlène Calderaro, sociologue et politiste, met en lumière deux phénomènes concomitants. D'une part, des groupes néofascistes comme le collectif féminin Némésis s'approprient la cause des femmes pour promouvoir des idées xénophobes et islamophobes. Ce groupe, bien que numériquement faible, organise des actions spectaculaires ciblant l'immigration et l'islam, en s'inspirant de la mouvance identitaire. D'autre part, le féminisme d'État, incarné notamment par des figures politiques comme Marlène Schiappa, a joué un rôle dans cette appropriation en politisant les violences de genre de manière à favoriser des interprétations nationalistes et racistes.
Le fémonationalisme est un concept introduit en 2012 par la politiste Sara R. Farris. Il désigne une idéologie qui combine des revendications féministes avec un discours nationaliste et xénophobe, notamment anti-immigration et anti-islam. Ce terme décrit comment certains mouvements d'extrême droite utilisent la défense des droits des femmes pour justifier des politiques de rejet des étrangers ou des minorités religieuses. Par exemple, le groupe Némésis dénonce l'islam comme une menace pour l'égalité femmes-hommes, tout en promouvant une vision traditionaliste de la famille. Cette stratégie permet à l'extrême droite de se présenter comme protectrice des femmes, tout en discréditant les féministes et la gauche, accusées de négliger les enjeux liés à l'immigration.
Le féminisme d'État désigne une approche institutionnelle des questions de genre, où l'État prend en charge les politiques publiques liées aux droits des femmes. Dans l'article, Charlène Calderaro montre comment cette approche, incarnée par des figures comme Marlène Schiappa, a pu créer un terreau favorable au fémonationalisme. Par exemple, les campagnes officielles contre le harcèlement de rue ou les lois sur ce sujet ont été interprétées par certains comme une preuve que l'État protège les femmes françaises, mais pas les femmes étrangères ou issues de l'immigration. Cette politisation des violences de genre a ainsi ouvert la porte à des récupérations par l'extrême droite, qui présente l'immigration comme une menace pour les droits des femmes.
Le groupe Némésis est un collectif militant féminin ancré dans la mouvance néofasciste. Bien que très peu nombreux, il s'est fait remarquer par des actions ciblées contre l'immigration et l'islam, comme des happenings dans l'espace public. Son idéologie repose sur la racialisation du sexisme, une forme de fémonationalisme qui associe la domination des hommes sur les femmes à une prétendue menace culturelle ou religieuse portée par les immigrés ou les musulmans. Ce groupe illustre comment l'extrême droite utilise les revendications féministes pour légitimer des discours xénophobes, tout en contestant la légitimité des féministes et de la gauche à défendre les droits des femmes.
Les origines du fémonationalisme remontent à une décennie de transformations des discours politiques et médiatiques sur les droits des femmes. L'article souligne que cette idéologie s'est développée dans un contexte où les violences de genre sont de plus en plus médiatisées et politisées, notamment à travers des campagnes officielles et des lois comme celle contre le harcèlement de rue. Cependant, cette politisation a aussi favorisé des interprétations nationalistes, où la protection des femmes est associée à la défense de la nation contre l'étranger. Les conséquences de ce phénomène sont doubles : d'une part, une banalisation des discours xénophobes sous couvert de féminisme, et d'autre part, une division au sein des mouvements féministes entre ceux qui rejettent ces récupérations et ceux qui y voient une opportunité politique.

