Les cinq chefs sous la loupe de nos mordus de politique
À l’image des électeurs québécois, les panélistes du «Devoir» continuent leur magasinage électoral..
Les électeurs québécois ne montrent plus de fidélité envers un parti politique, se comportant comme des consommateurs en période d'achat. Cette tendance, appelée magasinage électoral, signifie qu'ils sont ouverts à se laisser convaincre par les propositions des cinq chefs en lice lors de la campagne électorale de 2026. Un groupe de sept panélistes, appelé le Club des électeurs, suit de près les engagements des partis et évalue leurs performances après trois semaines de campagne. Leur objectif est de produire un Bulletin des chefs, un bilan critique des candidats basé sur leurs observations et leurs réactions.
Christine Fréchette, cheffe de la Coalition avenir Québec (CAQ) et première ministre sortante, a perdu en popularité depuis le début de la campagne électorale. Initialement perçue comme une figure de stabilité face aux tensions commerciales avec les États-Unis, notamment les droits de douane imposés par Donald Trump, son image s'est ternie en août 2026. Les panélistes du Club des électeurs lui reprochent un manque de clarté dans sa vision politique et une communication jugée peu sincère, notamment lors des deux débats télévisés. Son bilan après huit ans au pouvoir est également critiqué. Des expressions comme sourire figé et perte de boussole illustrent cette perte de confiance envers la CAQ.
Charles Milliard, chef du Parti libéral du Québec (PLQ), a été surnommé Charlie par les panélistes, qui le trouvaient peu visible au début de la campagne. Cependant, après le débat télévisé du 18 septembre 2026 sur TVA, son style calme et respectueux a été salué. Bien que Mahjoub El Hamakani, l'un des panélistes, ne vote généralement pas pour les libéraux, il a reconnu que Milliard incarnait un profil d'élu sérieux et digne de confiance. Ce changement de perception montre que la campagne peut modifier les opinions des électeurs, même pour un parti traditionnellement perçu comme moins dynamique.
Ruba Ghazal, co-porte-parole de Québec solidaire (QS), a su se démarquer malgré un début de campagne difficile pour son parti. Après quatre années marquées par des défis internes, elle a su imposer son leadership en maîtrisant les dossiers et en défendant avec aplomb la plateforme de QS. Les panélistes, comme Jocelyn Brousseau, un travailleur humanitaire de Gatineau, reconnaissent son efficacité à mettre en valeur les propositions de son parti. Diaka Camara, gestionnaire en technologies de l'information, souligne que Ghazal mène une campagne pragmatique, ce qui séduit même les électeurs sans allégeance politique. Son approche réaliste est perçue comme une réponse aux attentes des citoyens.
Paul St-Pierre Plamondon, chef du Parti québécois (PQ), a marqué les esprits lors des deux débats télévisés de la semaine du 15 septembre 2026. Il a su maîtriser ses émotions, un défi pour lui habituellement perçu comme soupe au lait, et adopter un ton plus rassembleur. Son engagement à s'occuper personnellement de la crise de l'itinérance a été salué, notamment par Louis-Philippe Durbet, un étudiant en droit de Sherbrooke. Ce dernier souligne que l'itinérance est devenue une problématique nationale urgente, liée à des facteurs complexes comme l'accès au logement, la toxicomanie et la santé mentale. St-Pierre Plamondon est ainsi perçu comme un candidat sérieux et déterminé.
Éric Duhaime, chef du Parti conservateur du Québec, a adopté un ton plus agressif pour séduire sa base électorale, notamment dans les régions de Québec et de Chaudière-Appalaches, où il espère remporter au moins 12 sièges. Ses propositions, comme l'exploitation du gaz de schiste au Québec pour réduire les émissions de charbon en Europe, ou ses affirmations sur les demandeurs d'asile frauduleux, ont suscité des réactions vives parmi les panélistes. Lylliane Le Quellec, une ingénieure retraitée, rappelle qu'il est le seul à avoir abordé l'itinérance comme un problème multidimensionnel, incluant la toxicomanie et la santé mentale. Cependant, ses prises de position ont aussi été perçues comme controversées ou simplistes.
Les cinq chefs en lice lors de cette élection de 2026 présentent une diversité inédite : deux femmes, dont une issue de l'immigration, et deux candidats issus de la communauté LGBTQ+. Marjolaine Cloutier, conseillère stratégique, souligne que cette représentation reflète une évolution sociétale, où les postes de pouvoir ne sont plus réservés aux hommes blancs cisgenres. Alicia Despins, doctorante en administration publique, ajoute que les représentants des ailes jeunesse des partis ont proposé des collaborations transpartisanes sur des enjeux comme le coût de la vie et l'itinérance. Cette ouverture à des solutions communes est perçue comme un signe positif pour la démocratie.
L'absence de débat sur l'intelligence artificielle (IA) dans cette campagne électorale est soulignée par plusieurs panélistes. Lylliane Le Quellec, ingénieure en informatique retraitée, regrette que ce sujet, qui transformera radicalement le marché du travail et les services publics, soit absent des discussions. Mahjoub El Hamakani, gestionnaire retraité, abonde dans le même sens et insiste sur la nécessité de préparer les travailleurs et les jeunes à ces changements. Sans une stratégie claire, le Québec risque de dépendre de compagnies étrangères pour développer son expertise numérique, ce qui pourrait coûter des millions, voire des milliards de dollars.
La question de l'itinérance est devenue un enjeu central de cette campagne, notamment après la découverte d'un bambin dans un campement à Montréal en septembre 2026. Lylliane Le Quellec trouve déplorable que cette situation d'urgence ne soit prise au sérieux que suite à un événement tragique. Paul St-Pierre Plamondon a répondu à cette critique en s'engageant à s'occuper personnellement du dossier. Cependant, les autres chefs n'ont pas montré le même niveau d'engagement. L'itinérance est désormais reconnue comme un problème complexe, lié à des facteurs multiples comme le logement, la toxicomanie, l'accès aux services sociaux et la santé mentale.

