Lors d’un premier essai chez l’humain, une nouvelle thérapie parvient à faire baisser de plus de moitié les taux de mauvais cholestérol
Peut-on guérir l'excès de cholestérol en modifiant nos gènes ? Les résultats d'un nouvel essai clinique américain apportent un premier élément de réponse très encourageant..
Le cholestérol est une graisse essentielle produite naturellement par l’organisme, qui participe à la construction des membranes des cellules et à la synthèse de molécules vitales comme la vitamine D, la bile ou certaines hormones (cortisol, testostérone, œstrogènes). Il circule dans le sang grâce à des transporteurs appelés lipoprotéines, principalement les LDL (lipoprotéines de basse densité, souvent qualifiées de « mauvais cholestérol ») et les HDL (lipoprotéines de haute densité, dites « bon cholestérol »). Bien que les LDL soient depuis les années 1970 la cible principale des traitements en raison de leur lien avec les maladies cardiovasculaires, un excès de l’un ou l’autre type de lipoprotéines peut être néfaste. Les statines restent aujourd’hui le traitement le plus courant pour réduire les taux de LDL, mais certains patients y sont intolérants ou ne répondent pas suffisamment.
Une équipe de chercheurs du Cleveland Clinic Coordinating Center for Clinical Research (États-Unis) a testé une thérapie innovante, le CTX310, chez 15 patients réfractaires aux traitements conventionnels. Cette approche repose sur une mutation génétique naturelle qui réduit la production d’une protéine hépatique appelée ANGPTL3, impliquée dans le métabolisme des graisses. Les personnes porteuses de cette mutation présentent des taux naturellement bas de LDL et de triglycérides, sans risque accru de maladie. Le CTX310 reproduit artificiellement cette mutation après une simple injection intraveineuse. Lors de l’essai clinique de phase 1a, les participants ont reçu différentes doses, et ceux traités à la dose maximale ont vu leur taux de LDL chuter de 52,5 % et leurs triglycérides de 47,8 % en moyenne, sur une période de 12 mois.
Les résultats préliminaires de l’essai, publiés dans la revue New England Journal of Medicine le 28 août, sont prometteurs : chez les quatre patients ayant reçu la dose la plus élevée, la production d’ANGPTL3 a diminué de 78,6 %, entraînant une réduction significative des taux de LDL et de triglycérides. Aucun effet indésirable grave n’a été observé chez les 14 participants restants, bien qu’un décès soit survenu 179 jours après l’injection, sans lien avec le traitement. Ces données confirment la sécurité et l’efficacité du CTX310 à court terme, mais les chercheurs soulignent que ces résultats restent préliminaires et doivent être confirmés sur un échantillon plus large et diversifié.
L’essai clinique de phase 1a avait pour objectif de prouver la sécurité du CTX310 et d’établir les dosages adaptés. Ces deux conditions ont été remplies, mais des phases supplémentaires sont nécessaires avant une éventuelle commercialisation. La phase 1b, déjà en cours, teste une dose fixe du traitement sur un groupe de patients sélectionnés en fonction de leur trouble lipidique. Si ces résultats sont concluants, les phases 2 et 3 suivront, avec des essais à plus grande échelle et sur plusieurs années. L’approbation finale de la *Food and Drug Administration* (FDA, autorité américaine du médicament) sera requise avant une mise sur le marché, un processus qui peut durer plusieurs années.

