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Des fonds liés à la dictature de Duvalier aboutissent à Chambly

ICI Radio-Canada · mis à jour 1 oct.

Enquête a mis au jour une poursuite visant un avocat, où est impliqué son fils, le libéral Michel Leblanc..

Origine des fonds

Les fonds en question proviennent de l’époque de la dictature haïtienne de Jean-Claude Duvalier, qui a régné sur Haïti de 1971 à 1986. Frantz Merceron, ministre des Finances sous Duvalier, est accusé d’avoir participé au pillage systématique des ressources de l’État haïtien. Selon un rapport officiel haïtien, il aurait détourné plus de 10 millions de dollars américains juste avant la chute du régime en 1986. Pour protéger cet argent, Merceron a utilisé des méthodes sophistiquées de dissimulation : des valises diplomatiques pour exfiltrer des fonds vers la Suisse, puis des comptes bancaires secrets dans des paradis fiscaux comme le Panama et Singapour. Ces manœuvres visaient à échapper aux enquêtes et aux saisies judiciaires.

Rôle de Muriel Beauchamp

Muriel Beauchamp Merceron, épouse de Frantz Merceron, a hérité de cette fortune opaque après la mort de son mari en 2005. Elle a ensuite déplacé ces fonds à travers le monde pour éviter leur confiscation, notamment en les transférant de la Suisse vers Singapour en 2010, juste avant l’adoption d’une loi suisse ciblant les avoirs illicites des proches de Duvalier. En 2016, une partie de ces fonds, soit 808 409 dollars américains, a été déposée à la Caisse Desjardins de Chambly, au Québec, dans le compte en fidéicommis de l’avocat Claude Leblanc. Ce compte sert à héberger temporairement des fonds appartenant à des clients, en attendant qu’un litige soit résolu.

Implication de l’avocat Leblanc

Claude Leblanc, avocat québécois et père de Michel Leblanc (candidat libéral), a joué un rôle central dans la gestion de ces fonds litigieux. En 2022, il a admis dans une déclaration sous serment que le transfert des 808 409 dollars de Singapour vers son compte en fidéicommis visait à éviter une saisie par les autorités suisses. Il a justifié cette action en affirmant agir sur autorisation de Muriel Beauchamp, la veuve de Frantz Merceron, pour se payer en honoraires. Cependant, les héritières de la famille Merceron ont porté plainte contre lui, l’accusant d’avoir dissimulé des comptes et siphonné les fonds sans autorisation, en se versant des centaines de milliers de dollars en honoraires non justifiés.

Poursuites et contre-poursuites

Les héritières de Muriel Beauchamp ont intenté une poursuite de 14 millions de dollars contre Claude Leblanc, l’accusant de fraude et de dissimulation. En réponse, Leblanc et ses fils, Michel et Christian, ont lancé une contre-poursuite pour réclamer plus de 370 000 dollars en honoraires non payés. Cependant, cette contre-poursuite, ainsi que la poursuite initiale, ont été abandonnées le 3 septembre 2024, soit une semaine après le début de la campagne électorale de Michel Leblanc. Cet abandon suggère qu’un accord a été trouvé entre les parties, bien que les détails restent confidentiels. La juge Chantal Lamarche avait auparavant autorisé la saisie des biens de Claude Leblanc, estimant que son comportement était frauduleux et persistait dans le temps.

Contexte juridique et moral

En Suisse, où une grande partie des fonds de Frantz Merceron a été gelée, les autorités ont adopté en 2011 la loi Duvalier, permettant la confiscation des avoirs illicites des proches du dictateur. En 2024, un tribunal suisse a ordonné la confiscation définitive des 3,5 millions de dollars américains du compte Milos, estimant que leur origine était illicite en raison d’un accroissement inexpliqué de la fortune de Merceron. Des experts, comme Mark Pieth, spécialiste de la lutte contre la corruption, soulignent qu’un avocat ne peut légalement se rémunérer avec des fonds d’origine suspecte, sous peine d’être considéré comme complice de blanchiment. L’historien Frantz Voltaire critique l’impunité dont bénéficient les familles impliquées, estimant que ces fonds devraient revenir au peuple haïtien plutôt que de profiter à des héritiers.

Ce que ça pourrait changer

Michel Leblanc, ancien PDG de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain et candidat du Parti libéral dans la circonscription de Marguerite-Bourgeoys, est le fils de Claude Leblanc. En 2023, son père a constitué une fiducie secrète pour protéger ses biens, alors qu’il faisait face à des saisies judiciaires. Cette fiducie a ensuite été transférée à ses deux fils, Michel et Christian, en octobre 2023. Michel Leblanc a d’abord nié connaître les détails du litige lors d’un débat public, avant de refuser tout commentaire une fois informé de l’affaire. Son avocat affirme qu’il n’est pas impliqué dans les agissements de son père et qu’il n’a bénéficié d’aucun avantage lié à ces fonds litigieux.

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