Le médicament contre cette bactérie résistante est-il déjà facilement disponible en pharmacie ?
Créer un antibiotique inédit prend des années et coûte cher. Pourtant, la parade contre certaines bactéries résistantes dort peut-être déjà en pharmacie, sur des molécules conçues pour tout autre chose.
Les bactéries résistantes aux antibiotiques représentent un enjeu majeur de santé publique. Lorsqu’un antibiotique est utilisé trop souvent ou de manière inappropriée, certaines bactéries mutent et deviennent imperméables à son action. Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), environ 700 000 décès par an dans le monde sont directement liés à des infections causées par des bactéries résistantes. Le pneumocoque (Streptococcus pneumoniae) est l’une de ces bactéries coriaces, responsable d’infections comme la pneumonie, la méningite ou les otites. Face à ce phénomène, les scientifiques cherchent des solutions alternatives, car développer un nouvel antibiotique prend en moyenne 10 à 15 ans et coûte entre 1 et 2 milliards de dollars par molécule. Ces délais et coûts expliquent pourquoi les options thérapeutiques se raréfient.
Plutôt que de partir de zéro pour créer un nouvel antibiotique, des chercheurs explorent une piste plus rapide et moins coûteuse : le repositionnement de médicaments. Cette méthode consiste à étudier des molécules déjà existantes, initialement conçues pour soigner d’autres maladies, afin de vérifier si elles pourraient aussi combattre des bactéries résistantes. Grâce à des outils informatiques avancés, les scientifiques ont analysé des milliers de molécules disponibles en pharmacie. Leur objectif était d’identifier celles qui pourraient neutraliser le pneumocoque résistant. Cette approche a permis de découvrir plusieurs candidats prometteurs, sans avoir à attendre des années pour des essais cliniques de phase 1.
La clé de cette découverte repose sur l’utilisation de l’intelligence artificielle et des algorithmes de modélisation moléculaire. Ces outils permettent de simuler rapidement comment une molécule interagit avec une bactérie, sans avoir à tester chaque combinaison en laboratoire. Les chercheurs ont ainsi passé au crible des bases de données contenant des médicaments approuvés pour d’autres usages, comme des antidépresseurs, des anticancéreux ou des traitements contre le diabète. Parmi ces molécules, certaines se sont révélées capables de bloquer des mécanismes essentiels au développement du pneumocoque, offrant une piste pour contourner sa résistance aux antibiotiques classiques.
Les molécules identifiées comme potentiellement efficaces contre le *pneumocoque* résistant doivent désormais passer par des phases de validation plus poussées. Cela inclut des tests en laboratoire sur des cultures de bactéries, puis des essais cliniques sur des patients pour évaluer leur tolérance et leur efficacité. Si ces étapes sont concluantes, ces médicaments pourraient être repositionnés et disponibles en pharmacie en quelques années seulement, contre une décennie pour un nouvel antibiotique. Cette méthode illustre comment l’innovation technologique peut accélérer la lutte contre les résistances bactériennes, tout en réduisant les coûts et les délais de développement.

