NapseflowNapseflow
Société

La Chine veut empêcher ses citoyens de tomber amoureux des chatbots

Slate FR · mis à jour il y a 18 j

Depuis le 15 juillet, Pékin serre un peu plus la vis aux agents conversationnels. Une nouvelle série de mesures veut mettre hors service les agents conversationnels qui créent du lien affectif avec les internautes mineurs..

Nouvelle réglementation chinoise

La Chine a mis en place une réglementation inédite pour encadrer l'utilisation des chatbots dits « de compagnie », ces logiciels d'intelligence artificielle (IA) conçus pour tenir des conversations affectives ou rassurantes avec leurs utilisateurs. Publiées le 19 juillet 2026 par l’Administration chinoise du cyberespace (l'organisme gouvernemental chargé de réguler internet en Chine), ces règles interdisent l'accès à ces outils aux mineurs. Elles ciblent spécifiquement les chatbots capables de « répondre de manière excessive aux besoins des utilisateurs, induire une dépendance émotionnelle ou une addiction, et nuire aux relations interpersonnelles réelles ». Les plateformes doivent désormais signaler clairement les contenus générés par l'IA et rappeler aux utilisateurs qu'ils interagissent avec un programme, et non avec une personne.

Dépendance à l'IA en Chine

Selon un rapport de l’Institut de recherche Tencent publié début 2026, plus de 70 % des internautes chinois âgés de 18 à 40 ans déclarent avoir développé une dépendance à l'IA. Près de 80 % d'entre eux estiment que ces outils les comprennent, et la moitié les utilisent comme soutien émotionnel. Ces chiffres illustrent un phénomène croissant : l'attachement des jeunes Chinois à leurs compagnons artificiels, souvent perçus comme rassurants ou empathiques. Cependant, ces relations virtuelles soulèvent des inquiétudes, car elles pourraient aggraver l'isolement social en remplaçant progressivement les interactions humaines par des échanges avec des machines.

Risques des relations virtuelles

Les chatbots, en simulant une écoute ou une compréhension, peuvent créer des liens émotionnels artificiels avec leurs utilisateurs. Cette forme de manipulation, bien que non intentionnelle, pose un problème de santé mentale : elle peut renforcer la solitude au lieu de la combler. Une étude publiée en février 2026 a révélé qu'un rappel constant à l'utilisateur qu'il parle à une machine peut, paradoxalement, augmenter sa détresse émotionnelle, surtout lorsque celui-ci recherche un vrai lien affectif. Ainsi, ces outils, bien qu'utiles, ne résolvent pas les causes profondes de l'isolement et pourraient même les aggraver.

Efficacité des mesures chinoises

La Chine a déjà tenté de réguler d'autres comportements en ligne, comme le temps de jeu vidéo pour les mineurs, limité à trois heures par semaine en 2021. Cette mesure s'est révélée inefficace, les jeunes trouvant des moyens de la contourner. De même, les nouvelles règles sur les chatbots pourraient rencontrer des difficultés à être appliquées, notamment parce qu'elles ne s'attaquent pas aux causes de l'isolement. Rien ne garantit que l'interdiction de ces outils incitera les jeunes à se tourner vers des relations humaines réelles. Cette approche s'inscrit dans une politique plus large de contrôle des comportements en ligne, où Pékin cherche à limiter les expressions de pessimisme ou de désengagement social.

Ce que ça pourrait changer

La Chine craint que la jeune génération ne se détourne des valeurs traditionnelles de travail acharné et de réussite sociale, privilégiant un mode de vie plus tranquille. En ligne, les comptes promouvant ce mode de vie sont supprimés, et les autorités surveillent de près les comportements jugés déviants. Les nouvelles normes anti-chatbot s'inscrivent dans cette logique de contrôle accru, où l'État cherche à façonner les interactions sociales, y compris virtuelles. Cette approche reflète une volonté de maintenir l'ordre social et économique, tout en limitant les influences perçues comme néfastes pour la cohésion nationale.

Sujets complémentaires