«Nous perdons une valeur inestimable» : à Villefranche-sur-Mer, ces scientifiques plongent pour replanter des herbiers de posidonie
Plante aquatique menacée, la posidonie est essentielle à la bonne santé des écosystèmes méditerranéens, mais elle souffre des dégâts des ancres de bateaux qui raclent les fonds. Dans les Alpes-Maritimes, des scientifiques enfilent leurs palmes pour quadriller de nouveau la mer de ces herbiers si particuliers..
La posidonie est une plante sous-marine protégée qui forme des herbiers en Méditerranée, entre 0 et 40 mètres de profondeur. Ces herbiers, souvent comparés à des forêts sous-marines, sont essentiels pour la biodiversité. Pourtant, ils reculent depuis un siècle : en France, ils couvrent aujourd’hui 80 000 hectares, soit 10 % de moins qu’il y a cent ans. En Méditerranée, la perte pourrait atteindre plus de 30 %. La posidonie est menacée par plusieurs facteurs, notamment les ancres des bateaux de plaisance et le réchauffement climatique. Elle joue un rôle clé dans l’écosystème méditerranéen, abritant plus de 20 % de sa biodiversité et servant de nurserie pour de nombreuses espèces de poissons. Elle protège aussi les côtes en atténuant la puissance des vagues et en limitant l’érosion des plages grâce à ses feuilles mortes.
Le programme Repic (Restaurer la posidonie impactée par les ancres) est une initiative menée par des scientifiques de l’organisme Andromède océanologie, soutenue par l’agence de l’eau Rhône-Méditerranée-Corse, le Fonds vert et des entreprises privées. Son objectif est de replanter des herbiers de posidonie arrachés par les ancres des bateaux. Les scientifiques récoltent des faisceaux de posidonie, les placent dans des caisses puis les replantent sur trois sites pilotes : Villefranche-sur-Mer, Beaulieu-sur-Mer et le golfe Juan. Chaque caisse permet de couvrir un cercle d’un mètre de diamètre, espacé des autres de deux mètres, selon une disposition en grille qui a donné les meilleurs résultats. À ce jour, près de 10 000 m² (soit environ un hectare) ont été replantés, avec un taux de survie des faisceaux supérieur à 80 %.
La méthode de replantation repose sur l’utilisation de faisceaux de posidonie toujours vivants, dotés d’un rhizome (une tige souterraine similaire à une racine). Les scientifiques les fixent au fond marin à l’aide d’agrafes en fer biodégradables, qui se décomposent sans polluer une fois que la plante est reconnectée au substrat. Ce processus est comparé à l’ajout d’un tuteur pour un arbre terrestre. Les replantations sont réalisées en profondeur, généralement entre 10 et 40 mètres, pour éviter les variations de température trop importantes. Les premières tentatives à moins de 10 mètres ont échoué en raison des canicules marines, ce qui a conduit à ajuster la stratégie. Chaque replantation couvre un cercle d’un mètre de diamètre, espacé de deux mètres des autres, afin d’optimiser la survie et la croissance des herbiers.
Le réchauffement climatique représente une menace croissante pour la posidonie. Les canicules marines, de plus en plus fréquentes, provoquent un blanchiment des feuilles et pourraient entraîner une perte d’habitat de 75 % d’ici 2050, selon une étude publiée en juillet 2025 dans la revue Scientific Reports. Cependant, la posidonie montre une capacité de résilience surprenante : elle peut survivre à des températures de l’eau dépassant 29 °C, et des herbiers ont même été observés à 33 °C pendant plusieurs semaines en Tunisie. Les scientifiques pensent que les canicules marines pourraient déclencher une floraison intense de la posidonie, un phénomène rare qui se produit environ tous les dix ans. La dernière floraison a été observée en 2023, année marquée par des canicules marines records. Ces événements pourraient représenter un mécanisme de survie unique pour la plante.
La posidonie joue un rôle écologique et humain crucial. Elle abrite plus de 20 % de la biodiversité méditerranéenne, servant de nurserie et de refuge pour de nombreuses espèces marines. Elle protège aussi les côtes en atténuant la puissance des vagues et en limitant l’érosion des plages grâce à ses feuilles mortes. De plus, elle stocke jusqu’à huit fois plus de carbone qu’un sol forestier et produit une quantité importante d’oxygène. En cas de tempête, les herbiers réduisent l’impact des vagues, offrant une sécurité supplémentaire aux populations côtières. Enfin, ils contribuent au tourisme et à la santé publique. Chaque herbier détruit représente une perte de valeur inestimable pour les écosystèmes et les humains.
Le programme Repic est porté par des biologistes-plongeurs et des chercheurs comme Sébastien Personnic (docteur en biologie marine) et Jo-Ann Schies (biologiste marine), travaillant pour Andromède océanologie. D’autres acteurs interviennent, comme Patrick Astruch, ingénieur de recherche pour le Groupe d’intérêt sur la posidonie (université Aix-Marseille), qui étudie l’impact des canicules marines. Le projet est soutenu financièrement par des institutions publiques (agence de l’eau Rhône-Méditerranée-Corse, Fonds vert) et des entreprises privées. La baie de Villefranche-sur-Mer, choisie comme site pilote, a subi l’un des plus grands reculs de posidonie en France en raison des ancres des bateaux. Grâce à des lois et des cartes de mouillage, la situation s’améliore, permettant de lancer des opérations de réhabilitation.

