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Géopolitique

Vous ne comprenez plus l’époque ? Ces sept intellectuels défrichent le monde de demain

Courrier International · mis à jour il y a 15 j

Notre série d’été “Penseurs de demain” présente des portraits de chercheurs et auteurs qui s’attaquent, chacun dans son domaine, aux enjeux les plus complexes du moment. “Die Zeit” mise sur eux pour faire face aux bouleversements géopolitiques, économiques, climatiques ou sociaux qui secouent notre planète..

Série d'été

Le Courrier international propose une série d'été intitulée « Penseurs de demain », publiée en collaboration avec le journal allemand Die Zeit. Cette série met en lumière sept intellectuels dont les travaux visent à éclairer les enjeux majeurs du monde contemporain, en abordant des thèmes comme la géopolitique, l'économie, le climat, la technologie et la société. L'objectif est d'aider le public à mieux comprendre les bouleversements actuels en s'appuyant sur des analyses pointues et des perspectives innovantes. La série s'adresse à un public adulte et curieux, mais non expert, cherchant à décrypter les défis de notre époque.

Hannah Ritchie et l'écoanxiété

Hannah Ritchie est une chercheuse en environnement britannique qui dirige Our World in Data, un site web spécialisé dans la présentation des problèmes globaux à travers des infographies. Son travail se concentre sur la lutte contre l'écoanxiété, un terme désignant l'angoisse liée aux crises écologiques et climatiques. Ritchie utilise des données chiffrées pour rendre accessibles des concepts complexes comme le réchauffement climatique, la pollution ou la biodiversité. Par exemple, son site met en lumière des tendances comme la réduction de la pauvreté extrême ou l'augmentation des énergies renouvelables, afin de montrer que des progrès existent malgré les défis. Son approche vise à informer sans décourager, en fournissant des outils concrets pour appréhender les enjeux environnementaux.

Katharina Pistor et le capitalisme

Katharina Pistor est une juriste et philosophe allemande qui étudie les liens entre le droit et le capitalisme. Elle défend l'idée que le droit, souvent perçu comme un outil neutre, peut en réalité renforcer les inégalités économiques et sociales. Pistor analyse comment les mécanismes juridiques, comme les brevets ou les droits de propriété, permettent aux acteurs économiques de dominer les marchés et d'accroître leur pouvoir. Son travail s'appuie sur des exemples concrets, comme la financiarisation de l'économie ou les stratégies des grandes entreprises pour contourner les régulations. Elle propose des pistes pour repenser le droit afin qu'il serve l'intérêt général plutôt que les intérêts privés, en s'appuyant sur des théories philosophiques classiques.

Francis Kéré et l'architecture

Francis Kéré est un architecte burkinabè, lauréat du prestigieux prix Pritzker en 2022. Il vit et travaille à Berlin, où il allie tradition et modernité dans ses projets. Kéré utilise des matériaux locaux, comme la terre crue, pour construire des bâtiments durables et adaptés aux besoins des communautés. Ses réalisations, comme des écoles ou des centres culturels, ne se contentent pas d'être esthétiques : elles favorisent le vivre-ensemble en intégrant les savoir-faire locaux et en répondant aux défis climatiques. Par exemple, ses bâtiments sont conçus pour être économes en énergie et résistants aux chaleurs extrêmes. Son approche montre comment l'architecture peut être un levier de développement social et environnemental.

Fei-Fei Li et l'IA

Fei-Fei Li est une chercheuse en intelligence artificielle (IA) américaine d'origine chinoise, connue pour ses travaux sur la vision par ordinateur. Elle développe des modèles du monde, une approche visant à rendre l'IA plus proche de l'intelligence humaine. Contrairement aux systèmes actuels, qui se concentrent sur des tâches spécifiques, ces modèles cherchent à comprendre le monde de manière holistique, comme un enfant apprend en observant et en interagissant avec son environnement. Li travaille notamment sur des projets comme ImageNet, une base de données d'images utilisée pour entraîner les algorithmes de reconnaissance visuelle. Son objectif est de créer une IA capable de raisonner, d'apprendre et de s'adapter, plutôt que de simplement exécuter des commandes.

Chiara Herzog et l'épigénétique

Chiara Herzog est une bio-informaticienne britannique qui dirige un laboratoire au King's College de Londres, spécialisé dans l'étude du vieillissement et des maladies associées. Elle utilise l'épigénétique, une discipline qui examine comment l'environnement et le mode de vie influencent l'expression des gènes, sans modifier l'ADN lui-même. Ses recherches visent à comprendre pourquoi certaines femmes développent des cancers du sein ou des ovaires, en analysant les variations épigénétiques liées à l'âge, au stress ou à la pollution. Herzog espère que ses travaux permettront de développer des traitements plus ciblés et personnalisés, en intégrant des données génomiques et environnementales.

Azadeh Akbari et la surveillance numérique

Azadeh Akbari est une chercheuse iranienne qui a vécu sous le régime de surveillance numérique en Iran avant de s'installer en Allemagne, où elle enseigne à l'université Goethe de Francfort. Elle étudie les études critiques des données, un champ interdisciplinaire qui analyse les stratégies de domination des géants de la tech, comme Google ou Meta. Akbari dénonce notamment comment ces entreprises exploitent les données personnelles pour renforcer leur pouvoir économique et politique, tout en limitant les libertés individuelles. Son travail s'appuie sur des exemples concrets, comme la censure en ligne ou les algorithmes de recommandation qui enferment les utilisateurs dans des bulles idéologiques. Elle plaide pour une régulation plus stricte de ces plateformes afin de protéger les droits fondamentaux.

Ce que ça pourrait changer

Anna Kornbluh est une spécialiste américaine de la littérature victorienne, qui défend une philosophie de la *lenteur* comme antidote à l'accélération du monde moderne. Dans un contexte marqué par l'immédiateté des réseaux sociaux et la surcharge d'informations, elle propose de réhabiliter des valeurs comme la réflexion, la patience et la profondeur. Kornbluh s'appuie sur des auteurs du XIXe siècle, comme Charles Dickens ou George Eliot, pour montrer comment la littérature peut nous aider à résister à la frénésie contemporaine. Elle suggère des pistes concrètes, comme la lecture attentive, la méditation ou la limitation des écrans, pour retrouver un équilibre dans un monde hyperconnecté. Son approche vise à redonner du sens à nos actions en les ancrant dans une temporalité plus humaine.

Sujets complémentaires

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