Vers une convergence des colères samedi en France, 200 000 manifestants attendus
Le ministre de l’Intérieur autorise l’usage des grenades assourdissantes en cas de violences urbaines extrêmes..
Samedi, environ 200 000 personnes sont attendues dans toute la France pour manifester contre la hausse du coût de la vie et pour réclamer plus de moyens pour l’éducation. Cette mobilisation rassemble des lycéens, des étudiants, des gilets jaunes, des militants écologistes et des syndicalistes. Elle survient six mois avant l’élection présidentielle de 2027. Le gouvernement craint une convergence des luttes, c’est-à-dire une union de groupes aux revendications différentes mais partageant une colère commune contre les difficultés économiques. La France, deuxième économie de la Zone euro, fait face à une inflation élevée et à un endettement important, surveillé de près par les marchés financiers. La hausse des prix des carburants et la baisse du pouvoir d’achat alimentent cette tension sociale, rappelant les crises précédentes comme celle des gilets jaunes en 2018-2019.
Sur le plan politique, le parti de gauche radicale La France insoumise (LFI), dirigé par Jean-Luc Mélenchon, espère profiter de cette mobilisation pour renforcer son influence. Cependant, selon les sondages, Marine Le Pen, candidate de l’extrême droite pour le Rassemblement national (RN), reste en tête des intentions de vote. Le premier ministre, Sébastien Lecornu, a critiqué le mouvement en le qualifiant de violences urbaines, une expression qui minimise selon certains les revendications légitimes des manifestants. Le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, a annoncé l’interdiction des manifestations près des lieux symboliques de Paris, comme la présidence, le siège du premier ministre ou l’Assemblée nationale, pour éviter les débordements. Environ 150 000 manifestants sont attendus en dehors de la capitale, où 40 000 sont prévus.
Les revendications des manifestants portent principalement sur la vie chère, c’est-à-dire la difficulté à subvenir à ses besoins quotidiens en raison de l’inflation. Les prix des produits alimentaires de base, comme les tomates ou les courgettes, et le coût des carburants sont pointés du doigt. Selon Sophie Binet, secrétaire générale de la Confédération générale du travail (CGT), un syndicat majeur en France, des millions de travailleurs peinent à joindre les deux bouts. Elle souligne que cette mobilisation dépasse les clivages traditionnels et unit des groupes comme les agriculteurs, les chauffeurs de VTC (véhicules de tourisme avec chauffeur) et les jeunes. Le gouvernement a répondu par un plan d’urgence pour remplacer les professeurs absents dans les lycées, avec 2 000 remplaçants déployés sur les 3 000 promis, mais cette mesure est jugée insuffisante par les manifestants.
Les autorités anticipent des débordements, c’est-à-dire des violences ou des actions illégales lors des manifestations. Pour y faire face, le gouvernement a autorisé l’usage de grenades assourdissantes, suspendu temporairement pour les mouvements lycéens, mais réactivé en cas de violences urbaines extrêmement graves. Cette décision s’inscrit dans un contexte marqué par les violences lors du mouvement des gilets jaunes en 2018-2019, qui avait causé 11 morts, 2 500 blessés parmi les manifestants et 1 800 parmi les forces de l’ordre. Le souvenir de ces événements alimente les craintes d’une répétition. Jordan Bardella, président du RN, a exprimé son inquiétude face à une journée qui pourrait, selon lui, servir de prétexte à des actions violentes sous couvert de revendications légitimes.
Le mouvement actuel semble s’inscrire dans une continuité des mobilisations récentes. Après un mois de blocages dans les lycées, les protestations semblaient faiblir à la veille des vacances de la Toussaint. Cependant, l’arrivée des *gilets jaunes* et des travailleurs pourrait relancer la dynamique. Marie-Lou, une lycéenne de 18 ans, évoque une *convergence des luttes* où étudiants, travailleurs et militants écologistes s’unissent pour faire entendre leurs revendications. Benjamin Ball, éditeur du site *Bloquons tout*, estime que cette mobilisation dépasse les clivages habituels et représente une menace pour le pouvoir en place. Le gouvernement, de son côté, tente de minimiser l’ampleur du mouvement, tout en prenant des mesures pour éviter une escalade des tensions.

