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Environnement

La terre crue, matériau du futur

Terrestres · mis à jour il y a 14 j

Le bâti en terre crue, une pratique du passé ? Oui, et c’est bien ce qui fait sa valeur. Dans le livre-manuel “Avec la terre”, une sociologue, un maçon et une historienne-artisane appellent à se réapproprier les techniques de construction en terre, pour réparer les ravages d’un siècle de bâtiments industriels et fabriquer des habitats désirables.

La terre, matériau oublié

L’article souligne que la terre crue, utilisée depuis des millénaires pour construire des habitats, a été largement oubliée dans les sociétés industrialisées. Autrefois, des techniques comme le torchis, l’adobe, le pisé ou la bauge permettaient de bâtir des murs solides et durables sans cuisson, simplement en séchant la terre à l’air libre. Pourtant, aujourd’hui, la plupart des gens associent uniquement la terre à l’agriculture ou à la cuisine, ignorant son potentiel comme matériau de construction. Cette méconnaissance s’explique par un changement anthropologique majeur : la terre a été progressivement recouverte par des matériaux industriels comme le béton, le ciment ou le plastique, effaçant ainsi des savoir-faire ancestraux transmis de génération en génération.

Polyvalence de la terre

La terre crue est un matériau exceptionnellement polyvalent. Selon sa composition, elle peut servir à construire des murs porteurs, isoler contre le froid, la chaleur ou l’humidité, réaliser des enduits ou même fabriquer des peintures. Les terres riches en argile, abondantes sur la planète, sont particulièrement adaptées à ces usages. Historiquement, des exemples variés illustrent cette polyvalence : les longères normandes en torchis, les bangas à Mayotte, les cités néolithiques en adobes, ou encore des parties de la muraille de Chine et du centre de Lyon en pisé. Ces techniques permettent de bâtir des structures pouvant atteindre six étages, tout en restant renouvelables et recyclables sans déchet.

Processus d’industrialisation

L’abandon des techniques de construction en terre crue est lié à l’industrialisation et à la standardisation des matériaux de construction. Au XXe siècle, les savoir-faire artisanaux ont été remplacés par des processus industriels nécessitant des équipements lourds, des chaînes de production spécialisées et une division du travail accrue. Par exemple, les écoles professionnelles du BTP forment désormais principalement à l’utilisation du béton, et les recherches en construction se concentrent sur les matériaux industriels. Ce changement a aussi été marqué par une masculinisation des métiers du bâtiment, où les carrières, le transport des matériaux et les postes de maçonnerie sont majoritairement occupés par des hommes, tandis que les architectes, souvent des femmes, conçoivent des projets utilisant ces matériaux modernes.

Impact écologique du béton

Le béton et les autres matériaux de construction industriels sont responsables de 40 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre, selon les chiffres de l’ADEME en 2026. Leur production et leur utilisation transforment également le climat intérieur des bâtiments, créant des environnements souvent étanches et inconfortables. Contrairement à ces matériaux, la terre crue permet de réguler naturellement l’humidité et la température, offrant un confort thermique sans recourir à des systèmes de chauffage ou de climatisation énergivores. Cette régulation est particulièrement précieuse pour les populations moins aisées, qui n’ont pas toujours les moyens de compenser les défauts des matériaux industriels par des solutions techniques coûteuses.

Recouvrement et aliénation

L’article évoque un processus de « recouvrement » de la terre crue par les matériaux industriels, qui a conduit à une forme d’aliénation. Les populations des sociétés industrialisées ne perçoivent plus la terre comme un matériau de construction, mais comme une ressource à exploiter ou à artificialiser. Ce recouvrement s’accompagne d’une déconnexion entre les individus et les matérialités qu’ils consomment : ils ignorent qui fabrique leurs habitats et avec quels matériaux. Par exemple, les carrières de granulats et les cimenteries, souvent situées loin des zones urbaines, masquent les impacts environnementaux et sociaux de ces industries. Les populations privilégiées évitent ainsi le contact direct avec les matériaux toxiques ou polluants, tandis que les autres subissent les conséquences de ces choix.

Patrimoine en terre en France

En France, la terre crue représente encore 15 % du bâti, selon une estimation citée dans l’article. Dans certaines communes rurales, cette proportion peut atteindre plus de 80 %. Pourtant, beaucoup de ces bâtiments sont méconnus ou altérés par des rénovations utilisant des matériaux industriels, comme le ciment ou la laine de verre. Ces transformations effacent progressivement la présence de la terre dans l’architecture, la réduisant à un statut fantôme. L’article souligne que cette disparition n’est pas seulement technique, mais aussi culturelle et politique, car elle s’inscrit dans un ordre social qui privilégie les matériaux « modernes » et standardisés.

Ce que ça pourrait changer

Face à ces constats, l’article propose une réappropriation des savoir-faire liés à la terre crue comme acte politique et écologique. Il invite à redécouvrir les gestes simples de la construction en terre, comme prélever de la terre, la mouiller et la modeler pour en faire des briques ou des enduits. Ces gestes, autrefois partagés entre les générations et les classes sociales, sont aujourd’hui perçus comme marginaux ou réservés à des contextes exotiques. Pourtant, ils pourraient offrir des solutions durables pour réduire l’empreinte écologique du bâtiment, tout en recréant un lien avec les matériaux locaux et les cycles naturels. Cette réappropriation s’inscrit dans une démarche plus large de remise en question des modèles industriels dominants.

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