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Société

À voir au cinéma: «Soleils Atikamekw», mémoire à vif et songes obscurs

Slate FR · mis à jour il y a 15 j

Conçu et réalisé au sein d'une nation autochtone du Québec, le film de la cinéaste canadienne Chloé Leriche évoque un crime réel et ses effets dans un monde où les faits et les émotions ne sont pas séparés..

Film sur un drame historique

Le film Soleils Atikamekw, réalisé par la cinéaste québécoise Chloé Leriche, aborde un fait tragique survenu le 26 juin 1977 dans une communauté autochtone du Québec. Cinq membres de la nation Atikamekw ont été retrouvés morts dans une camionnette, après une nuit passée avec deux jeunes hommes venus de Montréal. Les circonstances de leur décès, marquées par des violences sexuelles et des actes sadiques, ont été confirmées par les familles et les proches, malgré l'absence d'enquête policière ou judiciaire approfondie. Ce drame, longtemps ignoré par les autorités, sert de point de départ au film, qui explore ses répercussions sur la communauté.

Approche cinématographique unique

Le film se distingue par une structure narrative originale, mêlant trois dimensions : des éléments documentaires réalistes, une reconstitution fictive des événements de 1977 avec des acteurs, et des séquences oniriques illustrant l'impact psychologique du drame sur les survivants. Cette approche permet de représenter à la fois les faits historiques, les émotions des victimes et de leur entourage, ainsi que les conséquences durables du traumatisme. Le montage joue un rôle clé en organisant la circulation entre ces temporalités et régimes d'images, offrant une expérience visuelle et émotionnelle riche.

Contexte autochtone et racisme

Le film s'inscrit dans le contexte plus large du racisme systémique envers les peuples autochtones au Canada, un phénomène toujours présent malgré des avancées limitées depuis 1977. Il met en lumière les effets individuels et collectifs des violences subies, ainsi que les lacunes persistantes dans la reconnaissance et le traitement de ces injustices. La cinéaste Chloé Leriche, bien que non issue de la communauté Atikamekw, a travaillé en collaboration étroite avec celle-ci, intégrant des témoignages, des langues et des éléments culturels authentiques pour éviter les clichés.

Collaboration communautaire

Le processus de création du film repose sur une collaboration active avec les membres de la communauté Atikamekw, notamment des survivants et des proches des victimes. Des lectures publiques du scénario ont été organisées, et des jeunes ont été formés pour participer à la réalisation. Le générique de fin souligne cette implication collective, reflétant une démarche de transmission et de métissage des formes cinématographiques. Cette approche s'inscrit dans l'émergence d'un cinéma autochtone, où paroles, images et narrations se renforcent mutuellement.

Portée artistique et politique

Au-delà de la dénonciation d'une injustice, Soleils Atikamekw se présente comme une œuvre vivante, où les dimensions émotionnelles, artistiques, narratives et politiques s'entremêlent. Le film évite une approche purement factuelle pour privilégier une représentation subjective et sensible, inspirée des rêves et souvenirs des proches des victimes. Cette subjectivité permet de donner une voix aux traumatismes collectifs et de questionner les représentations traditionnelles des peuples autochtones dans le cinéma.

Ce que ça pourrait changer

*Soleils Atikamekw* est un long-métrage de 1h43 réalisé par Chloé Leriche, sorti en salles le 22 juillet 2026. Les rôles principaux sont interprétés par des membres de la communauté Atikamekw, dont Jacques Newashish, Carl-David Ottawa, Mirociw Chilton et Wikwasa Newashish-Petiquay. Le film est distribué par Vues du Québec Distribution et s'inscrit dans une démarche de cinéma collectif, où la création cinématographique devient un outil de mémoire et de transmission.

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