Législatives : la Lettonie garde le cap pro-européen malgré la poussée des populistes
Le pays balte ne devrait pas modifier sa ligne pro-européenne et pro-ukrainienne..
Les élections législatives lettones de 2026 ont vu la victoire écrasante du parti Liste unie, mené par le premier ministre sortant Andris Kulbergs, avec 35,3 % des suffrages et 42 sièges sur 100 à la Saeima, le Parlement unicaméral letton. Ce score, inédit depuis l'indépendance du pays en 1990, confirme la préférence des électeurs pour une ligne politique pro-européenne et pro-ukrainienne. Andris Kulbergs, ancien cadre privé récemment entré en politique, interprète ce résultat comme une demande de changement dans un pays confronté à une atonie économique et à un déclin démographique, avec seulement 1,8 million d'habitants. La participation électorale a été faible, à 51,8 %, et 99,99 % des bulletins ont été dépouillés par la Commission électorale de l'État balte.
Pour gouverner, Liste unie doit désormais former une coalition majoritaire à la Saeima. Ses partenaires actuels, l'Alliance nationale (nationaliste, 8,9 % et 10 sièges) et Nouvelle unité (centre, 6,3 % et 7 sièges), ne suffisent pas à eux seuls. L'Union des verts et des agriculteurs, qui faisait partie de la coalition sortante, n'a pas atteint le seuil des 5 % nécessaires pour entrer au Parlement, ce qui complique encore la tâche. Ensemble, Liste unie et ses deux alliés totalisent 50,5 % des voix, mais cette marge étroite rend les négociations de coalition incertaines. Le défi principal pour Andris Kulbergs sera de convaincre d'autres formations de le rejoindre, tout en maintenant une ligne pro-européenne.
Malgré la victoire de Liste unie, les partis populistes ont réalisé une poussée significative lors de ces élections. Lettonie d'abord (LPV), dirigé par l'homme d'affaires Ainars Slesers (souvent comparé à Donald Trump), a obtenu 13,1 % des voix et 17 sièges, séduisant par un discours conservateur et des promesses de relance économique. Pouvoir souverain (SV), mené par Julija Stepanenko, a remporté 11,7 % et 15 sièges, avec un programme axé sur les difficultés économiques et une critique de l'aide à l'Ukraine ainsi que des dépenses militaires. SV est considéré comme prorusse par ses détracteurs et reste isolé par un cordon sanitaire imposé par les autres partis. Ces résultats reflètent une montée des tensions entre les enjeux sécuritaires et les préoccupations socioéconomiques.
La question sécuritaire a dominé les débats électoraux, la Lettonie, membre de l'OTAN et de l'Union européenne (UE) depuis 2004, considérant la Russie comme sa principale menace stratégique. Le pays a fortement augmenté ses dépenses de défense, atteignant près de 5 % de son PIB, et soutient activement l'Ukraine dans le conflit contre la Russie. La plupart des partis représentés au Parlement, y compris les populistes, défendent un renforcement militaire et la poursuite de l'aide à Kiev. Cette position s'inscrit dans un contexte géopolitique tendu, la Lettonie partageant une frontière avec la Russie et le Bélarus, deux pays alliés de Moscou.
Les préoccupations socioéconomiques ont également joué un rôle central dans la campagne. La Lettonie, qui affiche le niveau de vie le plus faible parmi les trois États baltes, fait face à une hausse du coût de la vie, des salaires bas, des problèmes de santé et un déclin démographique marqué. Ces défis ont été exploités par les partis populistes, qui promettent des solutions économiques radicales. Par ailleurs, l'électorat russophone, représentant environ 35 % de la population lettone, montre des signes de fragmentation. Historiquement concentré autour du parti Harmonie, cet électorat se tourne désormais vers des critères économiques et sociaux, notamment en votant pour des partis populistes. Les questions identitaires reculent donc au profit de préoccupations matérielles.
Côté pro-européen, le parti **Les Progressistes (PRO)**, social-démocrate et favorable à une protection sociale renforcée ainsi qu'à l'aide à l'Ukraine, a obtenu **7,3 % des voix** et **9 sièges**, se classant cinquième. Ce résultat montre une diversité de l'offre politique pro-européenne, même si Liste unie reste le principal représentant de cette tendance. Les Progressistes pourraient jouer un rôle clé dans les négociations de coalition, notamment pour équilibrer les positions avec les partenaires plus conservateurs ou nationalistes. Leur présence au Parlement confirme l'ancrage de la Lettonie dans les valeurs européennes, malgré la montée des discours anti-système.

