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Campagne électorale au Nunavik : loin des yeux, loin des urnes

ICI Radio-Canada · mis à jour 2 oct.

Au Nunavik, une coupure persiste entre la classe politique et les communautés inuit..

Contexte électoral

La campagne électorale en cours au Québec se déroule dans un contexte très différent entre le sud de la province et le Nunavik, une région située dans le Grand-Nord québécois. À Salluit, un village inuit de cette région, l'ambiance est calme et éloignée du tumulte électoral du sud. Les affiches électorales y sont quasi inexistantes, à l'exception de celle d'un candidat conservateur. Cette situation contraste avec les campagnes électorales classiques du sud du Québec, où les affiches, les débats et les meetings sont omniprésents. Le Nunavik, avec ses vastes étendues sauvages et ses communautés isolées, présente des défis logistiques majeurs pour les partis politiques.

Taux de participation

La circonscription d'Ungava, qui inclut le Nunavik, affiche le taux de participation le plus bas de la province avec seulement 10% lors du vote par anticipation, contre une moyenne provinciale d'environ 25%. Ce chiffre illustre un désintérêt marqué des électeurs inuits pour le processus électoral québécois. Lors des élections provinciales de 2022, la circonscription d'Ungava avait déjà enregistré le taux de participation le plus faible de la province, avec 30%. Cette tendance montre une difficulté persistante à mobiliser les électeurs de cette région, malgré les efforts déployés par Élections Québec pour informer la population.

Efforts de sensibilisation

Élections Québec a mis en place des initiatives pour faciliter l'accès au vote dans le Nunavik, comme la traduction de documents électoraux en Inuktitut, la langue des Inuits, et dans la langue Crie pour les communautés cries de l'Eeyou Istchee. Ces efforts visent à rendre l'information électorale plus accessible aux populations autochtones. Cependant, malgré ces mesures, la participation reste très faible. Les deux retraitées venues du Saguenay pour tenir le bureau de scrutin à Salluit ont constaté que seulement environ 30% des électeurs qui se présentaient à la mairie le faisaient en connaissance de cause.

Absence des candidats

Les candidats des principaux partis politiques québécois sont peu présents dans le Nunavik. Seuls Marc Damant, candidat conservateur, et Amélie Béchard, candidate caquiste, ont visité au moins une communauté de la région dans les semaines précédant le scrutin. La majorité des activités de campagne se concentrent dans le sud de la circonscription, en Jamésie, une région plus accessible et plus peuplée. Cette absence des candidats sur le terrain alimente un sentiment de déconnexion parmi les électeurs inuits, qui estiment ne pas être écoutés par la classe politique québécoise.

Défis logistiques

Le Nunavik couvre une superficie de plus de 850 000 km², soit plus de la moitié de celle du Québec. Cette immensité géographique pose un défi logistique majeur pour les partis politiques, notamment en termes de coûts et de temps de déplacement. Un simple billet aller-retour en avion entre Montréal et le Nunavik peut coûter plus de 4000$, ce qui représente une dépense importante pour les budgets de campagne. Ces contraintes expliquent en partie pourquoi les candidats évitent de se rendre dans cette région éloignée.

Enjeux locaux ignorés

Les électeurs inuits estiment que les partis politiques québécois ne prennent pas en compte les enjeux spécifiques du Nunavik. Isabelle Alaku, enseignante en Inuktitut à Salluit, souligne que les besoins et les réalités des communautés inuites sont très différents de ceux des régions du sud. Elle cite notamment les problèmes d'accès à l'eau potable, un enjeu crucial dans plusieurs villages inuits. La mairesse de Salluit, Maggie Saviadjuk, partage ce constat et insiste sur la nécessité de donner une voix aux Inuits pour défendre leurs intérêts au sein du processus politique québécois.

Éducation civique

Pour tenter de susciter l'intérêt des jeunes pour la politique, Paul Bolduc, enseignant en univers social à l'école secondaire Ikusik de Salluit, organise des ateliers sur la campagne électorale. Il présente les candidats, leurs programmes et les valeurs de chaque parti, et prévoit même une simulation d'élection pour ses élèves. Ces initiatives visent à montrer aux jeunes comment leur vote peut influencer les décisions politiques au Nunavik. Malgré ces efforts, l'enseignant constate que les affiches électorales, typiques du sud du Québec, surprennent et amusent ses élèves, tant elles sont éloignées de leur réalité.

Ce que ça pourrait changer

Isabelle Alaku et Maggie Saviadjuk défendent l'idée que le Nunavik devrait avoir sa propre circonscription électorale, distincte de celle d'Ungava, pour mieux refléter les réalités et les besoins spécifiques de la région. Elles soulignent que les enjeux économiques, sociaux et environnementaux du Nunavik diffèrent considérablement de ceux des autres parties de la circonscription. Cette revendication vise à renforcer la représentation politique des Inuits et à s'assurer que leurs préoccupations soient prises au sérieux par les décideurs.

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