Canada-UE : le Mexique scrute un rapprochement à l’“enjeu crucial”
Le rapprochement inédit envisagé entre le Canada et l’Union européenne intervient alors que les relations commerciales nord-américaines traversent une longue période d’incertitudes sous Donald Trump. Au Mexique, la presse s’interroge déjà sur l’avenir du partenariat commercial formé avec les États-Unis et le Canada..
La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a annoncé le 16 septembre 2026 une proposition historique : intégrer le Canada comme membre associé à l’Union européenne (UE). Cette formule, inédite, permettrait au Canada de bénéficier d’un accès privilégié aux marchés européens sans en faire partie intégrante. L’objectif affiché est de renforcer les liens entre Ottawa et Bruxelles, dans un contexte où les relations transatlantiques traversent une période de tensions croissantes. Cette initiative s’inscrit dans une stratégie plus large de l’UE pour diversifier ses partenariats commerciaux et sécuriser ses approvisionnements, notamment face aux incertitudes liées à la politique commerciale des États-Unis sous l’administration de Donald Trump.
Les relations commerciales entre le Canada, les États-Unis et le Mexique sont actuellement fragilisées par des tensions répétées. Depuis août 2026, Washington a imposé des surtaxes (droits de douane supplémentaires) sur plusieurs produits importés du Canada, en représailles à des mesures commerciales jugées défavorables. En réponse, Ottawa a rétabli des droits de douane sur certaines importations américaines début septembre 2026. Ces échanges de mesures protectionnistes menacent la stabilité de l’Accord Canada-États-Unis-Mexique (Aceum), un traité de libre-échange en vigueur depuis 2020. Cet accord, qui remplace l’Alena, est crucial pour les économies des trois pays, car il facilite les échanges de biens et services sans barrières douanières majeures.
Le Mexique observe avec attention la proposition européenne de rapprochement avec le Canada, car il est directement concerné par les tensions commerciales en Amérique du Nord. Le pays fait partie de l’Aceum aux côtés des États-Unis et du Canada, et dépend fortement de ces deux partenaires pour ses exportations, notamment dans les secteurs automobile et agricole. La presse mexicaine, comme le journal La Jornada, souligne que l’intégration du Canada à l’UE pourrait rompre l’équilibre des relations commerciales nord-américaines. Pour le Mexique, cette évolution pourrait affaiblir sa position dans les négociations futures avec ses voisins, tout en créant des opportunités pour diversifier ses partenariats économiques.
L’Aceum (Accord Canada-États-Unis-Mexique) est un traité entré en vigueur le 1er juillet 2020, succédant à l’Alena (Accord de libre-échange nord-américain). Il vise à faciliter les échanges commerciaux entre les trois pays en éliminant la plupart des droits de douane et en harmonisant les règles. Cependant, depuis 2024, l’administration de Donald Trump remet en question sa reconduction, invoquant des déséquilibres commerciaux et des pratiques jugées déloyales. La proposition de l’UE d’intégrer le Canada comme membre associé pourrait accélérer la fragmentation de cet accord, en offrant au Canada une alternative économique en dehors du cadre nord-américain.
Cette initiative européenne intervient dans un contexte géopolitique marqué par des rivalités commerciales accrues entre les grandes puissances. L’UE cherche à réduire sa dépendance vis-à-vis des États-Unis, tandis que le Canada tente de diversifier ses partenariats pour limiter les risques liés aux tensions avec Washington. Pour le Mexique, cette situation représente un défi majeur, car il pourrait se retrouver isolé face à un Canada qui se tourne vers l’Europe. Les observateurs s’interrogent sur la capacité des trois pays de l’Aceum à maintenir leur unité, alors que les intérêts économiques et politiques divergent de plus en plus.

