Australie : une « maternité » de baleines à bosse découverte dans la Grande Barrière de corail
Pendant dix-sept ans, des opérateurs touristiques et des chercheurs ont collaboré pour percer l'un des plus grands mystères entourant les baleines à bosse de la Grande Barrière de corail. Un travail de longue haleine, qui a mené à la découverte d'une zone de mise à bas d'importance mondiale, dans les eaux profondes entourant les îles Whitsunday..
Des chercheurs et des opérateurs touristiques australiens ont identifié une zone de mise bas pour les baleines à bosse dans l’archipel des Whitsunday, en Australie. Cette zone, située dans la Grande Barrière de corail, est appelée une « maternité » en raison de sa fonction : elle abrite les femelles gestantes qui y donnent naissance à leurs petits. Les scientifiques parlent plutôt de « zone de parturition », un terme technique désignant une aire maritime chaude, peu profonde et protégée où les baleines mettent bas et élèvent leurs nouveau-nés. Avant cette découverte, les chercheurs ignoraient où les baleines à bosse locales se reproduisaient, malgré des décennies d’études. La zone s’étend sur l’ensemble du lagon abrité de l’archipel, offrant une protection naturelle contre les vagues grâce à la structure du récif corallien.
En 2009, des guides touristiques locaux ont observé un comportement inhabituel chez les baleines à bosse : le « fluking », une posture où l’animal flotte sur le dos avec sa nageoire caudale dressée hors de l’eau. Ce comportement, jamais documenté auparavant, a intrigué les scientifiques. Après des années d’observation, ils ont compris qu’il s’agissait d’un rituel reproducteur lié à la mise bas. Les chercheurs ont recensé 780 baleines adultes et 153 baleineaux dans la zone sur une seule saison, confirmant son importance. Les eaux calmes, chaudes et peu profondes des Whitsundays offrent un environnement idéal pour la survie des nouveau-nés, protégés des prédateurs et des perturbations extérieures.
La découverte a conduit à la création d’une zone de protection renforcée pour les cétacés dans les Whitsundays, intégrée au parc marin de la Grande Barrière de corail. Depuis 2024, des restrictions strictes sont appliquées : il est interdit de s’approcher à moins de 300 mètres des baleineaux ou de nager en présence des animaux. Les survols en avion ou en drone sont limités à 300 mètres d’altitude pour éviter de perturber les mères et leurs petits. Ces mesures visent à préserver ce sanctuaire essentiel pour la reproduction des baleines à bosse. En 2024, l’archipel a reçu le statut de « Whale Heritage Area », une distinction prestigieuse décernée par la World Cetacean Alliance, reconnaissant son rôle clé dans la conservation marine.
Malgré sa protection, la zone des Whitsundays reste vulnérable aux menaces environnementales. Le réchauffement des eaux océaniques, la pollution sonore, le trafic maritime intense et la baisse des réserves de nourriture mettent en péril cet habitat. Ces défis soulignent l’urgence de préserver cette « maternité » des baleines à bosse, découverte après 17 ans de recherche. Le double statut de site classé au patrimoine mondial de l’UNESCO et de « Whale Heritage Area » souligne son importance unique au monde. Les scientifiques estiment que cette protection est cruciale pour assurer la survie des baleines à bosse dans la région, alors que leur environnement se dégrade rapidement.

