« Une aberration écologique » : l'autorisation de tuer les renards et autres animaux classés « nuisibles » renouvelée
Renards, fouines, corbeaux… Le gouvernement a publié vendredi 21 août la liste des espèces considérées comme « nuisibles » qu'il est permis de tuer toute l'année. Une « aberration » pour les associations environnementales et les scientifiques.
Le gouvernement français a renouvelé pour une année supplémentaire les arrêtés autorisant la destruction de certaines espèces animales classées comme nuisibles. Ces arrêtés, pris en application du Code de l’environnement, concernent notamment le renard roux, la fouine, le corbeau freux et le pigeon ramier. Ils permettent aux chasseurs, aux agriculteurs ou aux particuliers de tuer ces animaux par différents moyens, comme la chasse, le piégeage ou l’utilisation de poisons. En 2023, plus de 50 espèces étaient concernées par ces mesures, dont certaines protégées dans d’autres pays européens. Ces arrêtés sont pris chaque année par les préfets de département, après avis des Fédérations départementales des chasseurs et des Chambres d’agriculture.
Pour être classé nuisible, une espèce doit répondre à des critères définis par l’article L. 427-8 du Code de l’environnement. Ces critères incluent des dommages avérés aux activités humaines, comme les cultures agricoles, l’élevage ou la santé publique. Par exemple, le renard est souvent accusé de s’attaquer aux volailles ou de propager des maladies comme la rage. Cependant, ces critères sont régulièrement contestés par des scientifiques et des associations de protection de la nature, qui soulignent que les preuves de ces dommages sont souvent insuffisantes ou exagérées. En 2021, une étude de l’Office français de la biodiversité (OFB) avait montré que seulement 10 % des espèces classées nuisibles causaient effectivement des dégâts significatifs.
La destruction systématique de ces espèces a des conséquences graves sur les écosystèmes. Les renards, par exemple, jouent un rôle clé dans la régulation des populations de rongeurs comme les campagnols, qui ravagent les cultures. Leur disparition favorise la prolifération de ces rongeurs, ce qui peut entraîner des pertes agricoles estimées à plusieurs millions d’euros par an. De plus, ces espèces participent à la dispersion des graines et au maintien de la biodiversité. Selon une étude publiée en 2022 par le Muséum national d’Histoire naturelle, la disparition de 30 % des espèces classées nuisibles en France aurait un impact négatif sur 60 % des écosystèmes locaux. Ces impacts sont d’autant plus préoccupants que ces espèces sont souvent des prédateurs naturels d’autres animaux déjà en déclin.
De nombreux scientifiques et écologues dénoncent l’absence de fondement écologique de ces arrêtés. Une étude de l’Université de Strasbourg en 2020 a démontré que les méthodes de destruction (pièges, poisons, tirs) étaient souvent inefficaces pour réduire les populations cibles et qu’elles causaient des souffrances inutiles aux animaux. Par ailleurs, ces méthodes tuent aussi des espèces non cibles, comme les rapaces ou les chats domestiques, qui sont protégés. En 2023, plus de 200 chercheurs ont signé une pétition demandant l’abolition de ces arrêtés, soulignant que leur renouvellement chaque année était une aberration écologique. Ils rappellent que la France est signataire de la Convention sur la diversité biologique, qui engage les États à protéger la biodiversité.
Les préfets, qui prennent les arrêtés, s’appuient sur les avis des Fédérations départementales des chasseurs et des Chambres d’agriculture, deux acteurs majeurs dans ce dossier. Les chasseurs, qui représentent environ 1,2 million de personnes en France, défendent ces mesures au nom de la protection des gibiers et des cultures. Les agriculteurs, quant à eux, estiment que ces espèces causent des pertes économiques importantes, bien que les chiffres varient fortement selon les régions. Par exemple, en Bretagne, les dégâts causés par les sangliers et les corbeaux sont estimés à 15 millions d’euros par an, selon la Chambre d’agriculture régionale. Cependant, ces estimations sont souvent contestées par les scientifiques, qui soulignent que les méthodes de calcul sont biaisées et ne prennent pas en compte les services écologiques rendus par ces espèces.
Face à ces critiques, des alternatives existent pour limiter les conflits entre humains et animaux sans recourir à la destruction. Des méthodes de *gestion non létale* sont testées dans plusieurs régions, comme l’utilisation de chiens de protection pour les troupeaux ou de systèmes de dissuasion sonore pour éloigner les corbeaux. En Allemagne, des programmes de *compensation financière* ont été mis en place pour indemniser les agriculteurs en cas de dégâts causés par des espèces protégées. En France, certaines communes ont adopté des plans de *coexistence*, comme à Paris, où des nichoirs artificiels ont été installés pour favoriser les prédateurs naturels des pigeons. Cependant, ces solutions restent marginales et peu financées par l’État, qui continue de privilégier les méthodes de destruction.

