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Géopolitique

En Afghanistan, cinq ans de talibans

Courrier International · mis à jour il y a 5 j

C’est le stade ultime de l’apartheid de genre imposé par les talibans depuis leur retour au pouvoir à Kaboul, le 15 août 2021 : les meurtres de femmes par leur mari se multiplient, favorisés par leur exclusion du corps social et une impunité quasi absolue pour les auteurs de violences, révèle le média afghan en exil “Zan Times”..

Retour des talibans

Le 15 août 2021, les talibans ont repris le contrôle de l’Afghanistan, notamment de sa capitale Kaboul, après le retrait des forces internationales. Ce mouvement islamiste radical, au pouvoir de 1996 à 2001, impose depuis une interprétation stricte de la charia, une loi islamique, dans le pays. Leur retour au pouvoir a marqué un tournant radical pour les droits des femmes afghanes, avec des restrictions immédiates et systématiques sur leur liberté de mouvement, leur accès à l’éducation, au travail et à la vie publique. Les talibans justifient ces mesures par leur vision rigoriste de l’islam, mais ces restrictions sont largement critiquées par la communauté internationale comme une forme d’apartheid de genre, c’est-à-dire une ségrégation institutionnalisée basée sur le sexe.

Féminicides en hausse

Depuis 2021, les féminicides, c’est-à-dire les meurtres de femmes parce qu’elles sont des femmes, se sont multipliés en Afghanistan sous le régime taliban. Selon le média afghan en exil Zan Times, ces crimes sont souvent commis par des maris ou des proches, dans un contexte d’impunité quasi totale pour les auteurs. Les violences incluent des violences physiques, psychologiques et sexuelles, souvent aggravées par l’isolement forcé des femmes, leur exclusion du corps social et l’interdiction de travailler ou de se déplacer librement. Les cas comme celui de Liza Shams, battue à mort par son mari alors qu’elle était enceinte en février 2026, illustrent l’extrême vulnérabilité des femmes afghanes dans ce contexte. Les proches des victimes, comme le père de Liza, dénoncent l’absence de protection de la part des autorités et l’impossibilité de porter plainte sans risquer des représailles.

Médias et témoignages

Zan Times est un média indépendant créé en 2021 par des femmes journalistes afghanes en réaction à la prise de pouvoir des talibans. Basé au Canada mais avec des collaborateurs répartis dans plusieurs pays, ce site se concentre sur les violations des droits humains en Afghanistan, en particulier ceux des femmes et des minorités. Il fonctionne grâce aux dons de lecteurs et publie des enquêtes et des témoignages de victimes, comme celui de Liza Shams, qui a enregistré des messages vocaux avant sa mort pour dénoncer les violences qu’elle subissait. Ces témoignages, souvent recueillis clandestinement, offrent un aperçu rare de la réalité vécue par les Afghanes sous le régime taliban, dans un pays où les médias indépendants sont interdits et où les journalistes risquent leur vie pour informer.

Impunité et absence de justice

L’impunité des auteurs de violences contre les femmes en Afghanistan est quasi systématique sous le régime taliban. Les forces de l’ordre, souvent elles-mêmes soumises à l’idéologie talibane, refusent d’intervenir ou minimisent les plaintes des victimes. Les proches des victimes, comme le père de Liza Shams, décrivent une absence totale de recours légal : les appels à la police aboutissent rarement à une arrestation, et les tribunaux appliquent des lois discriminatoires. Par exemple, un mari violent peut échapper à toute sanction s’il invoque des motifs religieux ou culturels, tandis que les femmes sont souvent tenues pour responsables des violences qu’elles subissent. Cette situation crée un climat de terreur où les femmes, privées de toute protection, deviennent des cibles faciles pour des crimes non punis.

Ce que ça pourrait changer

Les restrictions imposées par les talibans ont plongé les femmes afghanes dans une précarité extrême, tant sur le plan économique que social. Privées d’éducation et d’emploi, elles dépendent financièrement de leur famille ou de leur mari, ce qui les rend encore plus vulnérables aux violences domestiques. L’isolement forcé, combiné à l’absence de soutien psychologique ou médical, aggrave leur situation. Les témoignages recueillis par *Zan Times* montrent que de nombreuses femmes développent des troubles mentaux, comme des dépressions ou des tentatives de suicide, en raison de l’accumulation des violences et de l’absence d’espoir en un avenir meilleur. Les familles, comme celle de Liza Shams, sont souvent contraintes de se taire par peur des représailles, ce qui contribue à normaliser l’impunité des criminels.

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