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Culture

Comment les citoyens deviennent des bourreaux

France Culture - Savoirs · mis à jour il y a 1 j

Dans son dernier livre "Tuer. Comment expliquer les violences de masse", l’historien Nicolas Mariot explore les mécanismes sociaux qui rendent possibles les massacres par des gens ordinaires, au-delà des seules idéologies, entre conformisme, pression du groupe et engagement patriotique..

Violences de masse ordinaires

Dans son livre Tuer. Comment expliquer les violences de masse, l’historien et sociologue Nicolas Mariot explore pourquoi des individus ordinaires, en temps de guerre, participent à des massacres. Contrairement à l’idée reçue qui attribue ces actes à des idéologies extrêmes ou à une haine profonde, Mariot se concentre sur les mécanismes sociaux qui rendent ces comportements possibles. Il s’appuie sur des exemples historiques pour montrer que la violence de masse n’est pas l’apanage de fanatiques, mais peut émerger dans des contextes où des pressions collectives, comme le conformisme ou l’obéissance à l’autorité, jouent un rôle central. L’ouvrage remet en cause l’image du bourreau comme monstre isolé, pour en faire un acteur souvent influencé par son environnement immédiat.

Au-delà de l’idéologie

Nicolas Mariot critique les analyses traditionnelles qui expliquent les violences de masse par la conviction idéologique des bourreaux. Selon lui, ces explications sont insuffisantes, car elles ne rendent pas compte de la participation d’hommes ordinaires à des atrocités. L’historien souligne que des facteurs comme la pression des pairs (le besoin de s’intégrer à un groupe), le conformisme (l’adoption de comportements dominants pour éviter l’exclusion) ou encore l’engagement patriotique (la croyance de servir une cause juste) sont des leviers bien plus puissants. Ces mécanismes montrent que la violence peut survenir même en l’absence de haine profonde, simplement parce que l’individu se conforme aux attentes de son entourage ou de sa hiérarchie.

Rôle du patriotisme et des structures

L’ouvrage de Mariot met en lumière le rôle ambigu du patriotisme dans les violences de masse. Pour certains, tuer au nom de la patrie ou d’une cause perçue comme juste devient une forme d’accomplissement moral. Cependant, l’historien insiste sur le fait que cette justification est souvent construite a posteriori : les bourreaux ne tuent pas nécessairement par conviction initiale, mais parce que les structures sociales (armée, État, groupe) leur fournissent un cadre où ces actes sont normalisés. Par exemple, dans un contexte de guerre, l’obéissance aux ordres et la déshumanisation de l’ennemi (considéré comme une menace) facilitent le passage à l’acte. Ces mécanismes révèlent que la violence de masse est souvent le produit de situations, bien plus que de personnalités.

Approche sociologique

Nicolas Mariot, directeur de recherche au Centre européen de sociologie et de science politique (CNRS, EHESS et université Paris 1-Panthéon Sorbonne), adopte une approche sociologique pour analyser les violences de masse. Cette discipline étudie les comportements humains en les replaçant dans leur contexte social, plutôt que de les expliquer par des traits individuels. Mariot s’appuie sur des travaux de sociologues comme Stanley Milgram (expérience sur l’obéissance à l’autorité) ou Erving Goffman (théorie de la présentation de soi), pour montrer comment des individus normaux peuvent basculer dans la violence. Son livre s’inscrit dans une tradition de recherche qui cherche à comprendre, plutôt qu’à juger, les mécanismes de la barbarie ordinaire.

Ce que ça pourrait changer

L’interview de Nicolas Mariot est issue du podcast *Questions du soir : l’idée* diffusé sur France Culture le 13 octobre 2026. Ce programme, animé par Thomas Snégaroff (journaliste et historien), propose une réflexion quotidienne sur des sujets de société, d’actualité ou de culture. L’épisode en question explore les thèmes du livre *Tuer* à travers un échange avec l’auteur, en s’interrogeant sur les ressorts psychologiques et sociaux des violences collectives. Le podcast, d’une durée de 25 minutes, est accessible en ligne et s’adresse à un public curieux des enjeux contemporains, sans nécessiter de connaissances préalables en sociologie ou en histoire.

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