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Philosophie

La nature reprend ses droits – sur L’Internationale des rivières de Camille de Toledo

AOC Media · mis à jour il y a 28 j

Dans L'Internationale des rivières, un fleuve plaide devant des tribunaux, assisté d'avocats. Récit d'anticipation et réflexion juridique s'entrelacent pour penser les conséquences d'une révolution déjà en marche – droits de la nature, animisme, agentivité des entités non humaines – et refonder nos manières d'habiter la Terre.

Un récit d'anticipation

L’article présente L’Internationale des rivières, un livre de Camille de Toledo qui mêle récit d’anticipation et réflexion juridique. Dans cette fiction, un fleuve nommé L est représenté comme une personne juridique devant un tribunal, capable de plaider pour ses droits. Ce cadre narratif permet d’explorer une idée radicale : et si la nature, comme un fleuve, pouvait être considérée comme un acteur à part entière, avec des droits propres ? L’auteur imagine un futur proche où cette vision devient réalité, remettant en cause la domination humaine sur l’environnement. Le récit s’inspire de mouvements juridiques réels apparus au XXIe siècle, comme la reconnaissance de la personnalité juridique de certains fleuves.

Droits de la nature

Le livre aborde le concept de droits de la nature, une idée selon laquelle les entités non humaines (fleuves, forêts, animaux, etc.) devraient avoir des droits légaux, au même titre que les humains. Cette notion s’oppose à la vision traditionnelle, héritée de Descartes, qui considère l’homme comme le « maître et possesseur de la nature ». En 2016, la Colombie a accordé la personnalité juridique au fleuve Atrato, suivie en 2017 par la Nouvelle-Zélande pour le fleuve Whanganui et en Inde pour la Yamuna. En 2023 et 2024, d’autres fleuves comme la Laje (Brésil) et la Mosquito River (Canada) ont obtenu le même statut. Ces décisions juridiques marquent une rupture : elles reconnaissent que les écosystèmes ont une agentivité, c’est-à-dire une capacité à agir et à être défendus en justice.

Personnalité juridique des fleuves

La personnalité juridique d’un fleuve signifie qu’il peut être représenté en justice par des avocats, ester en son nom et défendre ses intérêts, comme une personne morale. Par exemple, en 2017, le fleuve Whanganui en Nouvelle-Zélande a obtenu ce statut, avec une reconnaissance officielle de son identité et de ses droits. Cette mesure vise à protéger les écosystèmes des activités humaines destructrices, comme la construction de barrages, l’industrialisation ou l’urbanisation. Dans L’Internationale des rivières, Camille de Toledo prolonge cette idée en imaginant un réseau mondial de fleuves dotés de droits, formant une sorte de « communauté juridique transnationale » où ces entités non humaines pourraient s’exprimer et être entendues.

Parlement de Loire

Le livre s’inspire d’un projet réel mené par Camille de Toledo : le Parlement de Loire, une initiative lancée en 2016 qui a réuni juristes, anthropologues et artistes pour écouter les besoins du fleuve Loire. L’objectif était de créer une « communauté » autour de la Loire, capable de défendre ses intérêts face aux projets humains qui l’endommagent. Ce processus participatif illustre une approche nouvelle de l’écologie, où la nature n’est plus un simple décor ou une ressource, mais un acteur dont les besoins doivent être pris en compte. Le Parlement de Loire a servi de modèle pour des auditions similaires dans d’autres régions, montrant comment des sociétés peuvent repenser leur rapport à l’environnement.

Ce que ça pourrait changer

L’enjeu central du livre est de proposer une **recomposition** des manières d’habiter la Terre, en intégrant les droits de la nature dans les décisions politiques et juridiques. Camille de Toledo suggère que reconnaître la personnalité juridique des fleuves n’est pas seulement une avancée juridique, mais une révolution culturelle et philosophique. Elle invite à abandonner l’idée d’une nature « ressource » au service de l’homme pour adopter une vision où l’humain fait partie d’un écosystème dont il doit respecter les limites. Cette approche rejoint des courants comme l’**animisme**, qui considère que les entités non humaines (rivières, montagnes, animaux) ont une forme de conscience ou de vitalité propre, et méritent d’être traitées avec respect.

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