Éoliennes en terres agricoles : Hydro-Québec se heurte à de premiers refus
La société d'État s'inquiète pour ses projets après deux avis négatifs de la CPTAQ. Du jamais-vu..
Pour la première fois, la Commission de protection du territoire agricole du Québec (CPTAQ), un organisme indépendant chargé de préserver les terres agricoles, a refusé deux projets d'éoliennes en Montérégie, une région agricole du sud du Québec. Ces refus concernent le projet Monnoir (15 éoliennes) et le projet Les Jardins (24 éoliennes), bloquant ainsi un potentiel de 247 mégawatts (MW) d'électricité, soit l'équivalent de la production de la centrale hydroélectrique Romaine-4. Ces décisions marquent un tournant, car la CPTAQ avait toujours autorisé ce type de projets auparavant. Les terres visées sont parmi les plus riches et productives du Québec, ce qui explique la fermeté de la Commission.
Hydro-Québec, la société d'État québécoise responsable de la production et de la distribution d'électricité, mise sur l'éolien pour répondre à la demande croissante en énergie du Québec. L'entreprise prévoit développer 10 000 MW d'électricité d'origine éolienne d'ici 2035, en plus de tripler sa production actuelle. Cependant, les refus de la CPTAQ créent une incertitude majeure, car les zones propices à l'éolien dans le sud du Québec sont majoritairement des terres agricoles. Sans ces projets, Hydro-Québec pourrait avoir du mal à atteindre ses objectifs énergétiques, ce qui menace la sécurité énergétique de la province.
Au Québec, la loi interdit d'utiliser les terres agricoles pour d'autres activités que l'agriculture. La CPTAQ peut toutefois accorder des exemptions, notamment pour des projets d'intérêt public comme les éoliennes. Jusqu'à présent, elle avait toujours donné son accord, mais cette fois, elle a jugé que l'agriculture n'avait pas besoin de l'énergie éolienne pour se maintenir. Le président de l'Union des producteurs agricoles (UPA) de la Montérégie, Jérémie Letellier, soutient cette décision, soulignant que le territoire agricole est limité et que les terres de qualité, comme celles de la Montérégie, doivent être protégées.
Les municipalités concernées par les projets éoliens étaient favorables à leur réalisation, car elles en tiraient des redevances financières. Par exemple, le projet Les Jardins devait rapporter 25 millions de dollars à l'UPA pour les lignes de transport et 20 millions de dollars pour les éoliennes, soit 12 500 dollars par mégawatt développé en zone agricole. Cependant, avec les refus de la CPTAQ, ces revenus sont compromis. Hydro-Québec a accepté de mieux encadrer ses projets futurs en donnant moins de points aux promoteurs qui ciblent des terres agricoles de qualité lors des appels d'offres.
Hydro-Québec explore d'autres options pour développer l'éolien, notamment dans des régions moins agricoles comme la Côte-Nord. Cependant, le sud du Québec reste privilégié pour sa proximité avec les lieux de consommation et ses infrastructures existantes. Parallèlement, une pression populaire s'exerce contre les éoliennes en terres agricoles, avec des manifestations et des appels à un moratoire. Les partis politiques en campagne électorale ont également exprimé leur soutien à la protection du territoire agricole, compliquant la situation pour Hydro-Québec.
Le gouvernement du Québec peut contourner une décision de la CPTAQ en signant un décret, comme il l'a déjà fait pour d'autres projets (ex. : l'hôpital de Vaudreuil-Soulanges ou le centre de données de Google à Beauharnois). Cependant, une telle intervention reste rare et politiquement sensible. Hydro-Québec et l'UPA ont récemment convenu d'une entente de principe pour mieux encadrer le développement éolien, mais celle-ci n'est pas encore signée. Cette entente vise à concilier les besoins énergétiques et la protection des terres agricoles.
Le Québec a perdu plus de 17 000 hectares de terres agricoles en 10 ans, soit l'équivalent de 21 000 terrains de football. Les projets éoliens d'Hydro-Québec, bien que limités en superficie (quelques dizaines d'hectares chacun), s'ajoutent à cette pression. La société d'État argue que ces projets sont minimes comparés à l'étalement urbain ou aux projets industriels. Pourtant, la CPTAQ et l'UPA estiment que même de petites superficies sur des terres de qualité peuvent avoir un impact significatif sur l'agriculture, une ressource stratégique pour la province.

