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«NAZA» : semer la mort, comme dans un jeu vidéo

Le Devoir · mis à jour il y a 21 j

Le documentaire israélien lève le voile sur les rouages de la guerre à Gaza. Entrevue avec Yuval Abraham et Rachel Szor..

Documentaire NAZA

Le documentaire NAZA est un film réalisé par les cinéastes israéliens Yuval Abraham et Rachel Szor. Il révèle les témoignages de 24 officiers et soldats du renseignement israéliens, filmés à leur insu sur les toits de Tel-Aviv. Ces témoignages décrivent les méthodes utilisées par l’armée israélienne lors de la guerre à Gaza, notamment après l’attaque du Hamas du 7 octobre 2023, qui a fait 1 200 morts, principalement des civils. Le film met en lumière l’utilisation de logiciels d’intelligence artificielle (IA) pour cibler des individus suspectés d’appartenir au Hamas ou au Djihad islamique. Les cinéastes, aujourd’hui exilés au Royaume-Uni en raison des menaces du gouvernement israélien, présentent ce projet comme un devoir moral pour révéler la réalité des opérations militaires.

Méthodes de ciblage

Les méthodes de ciblage décrites dans NAZA reposent sur deux logiciels d’IA principaux : Lavender et Where’s Daddy?. Lavender analyse les communications interceptées des Gazaouis pour identifier des suspects, tandis que Where’s Daddy? détermine le moment où ces cibles rentrent chez elles, maximisant ainsi l’efficacité des frappes. Les officiers israéliens interrogés révèlent que l’IA a pu cibler des innocents, avec des taux d’erreur jugés inévitables. Par exemple, 20 NAZA (dégâts collatéraux) étaient considérés comme acceptables pour éliminer un membre subordonné du Hamas, et jusqu’à 500 pour un officier de haut rang. Ces opérations, pilotées à distance depuis Tel-Aviv, sont comparées par un soldat à un jeu vidéo, soulignant une forme de déshumanisation des victimes.

Rôle de l'IA et NAZA

L’intelligence artificielle (IA) joue un rôle central dans le ciblage des frappes israéliennes à Gaza. Elle permet de croiser des données massives, comme les communications interceptées, pour identifier des suspects. Cependant, les témoignages recueillis dans NAZA indiquent que l’IA a pu générer des erreurs, entraînant la mort de civils innocents. Le terme NAZA (acronyme hébreu désignant les « dommages collatéraux ») est utilisé pour désigner ces victimes civiles. Par exemple, 20 NAZA correspondaient à la mort acceptable de civils pour éliminer un membre subordonné du Hamas, et jusqu’à 500 pour un officier de haut rang. Cette logique de calcul des pertes humaines illustre une déshumanisation des civils palestiniens, perçus comme des variables dans un système de guerre algorithmique.

Déshumanisation des civils

Le documentaire NAZA met en lumière la déshumanisation des civils palestiniens à travers le langage utilisé par les officiers israéliens. Les victimes sont souvent désignées par le terme NAZA (dégâts collatéraux), sans référence à leur humanité. Par exemple, les officiers parlent de femmes, d’enfants ou de civils dans les bâtiments bombardés comme de simples « NAZA », sans évoquer leur statut de personnes. Cette approche reflète une logique où les vies humaines sont réduites à des variables calculables. Certains officiers expriment des remords, tandis que d’autres se justifient en affirmant que d’autres auraient pris leur place. Le film explore ainsi les mécanismes psychologiques permettant à des individus ordinaires de participer à un système de guerre de masse.

Bilan humain à Gaza

Selon les chiffres du gouvernement du Hamas, jugés fiables par l’ONU, plus de 74 000 Gazaouis, majoritairement des civils, ont été tués lors de la riposte israélienne à l’attaque du 7 octobre 2023. Ces pertes incluent des femmes, des enfants et des personnes sans lien avec les groupes armés. Le documentaire NAZA suggère que ces victimes sont en partie le résultat de l’utilisation de logiciels d’IA pour cibler des suspects, avec des marges d’erreur importantes. L’armée israélienne, contactée à plusieurs reprises par les cinéastes, a nié ces allégations, affirmant respecter le droit international et évaluer la proportionnalité des frappes avant chaque opération.

Réactions politiques

Le documentaire NAZA a suscité de vives réactions du gouvernement israélien, dirigé par Benjamin Nétanyahou. Une enquête a été ouverte pour identifier les officiers ayant témoigné, et un ministre a menacé de retirer la citoyenneté israélienne aux cinéastes. Ces derniers, lauréats d’un Oscar en 2024 pour leur précédent film No Other Land, sont aujourd’hui exilés au Royaume-Uni et attendent une clarification sur leur retour en Israël. L’armée israélienne a réagi en affirmant respecter le droit international et en reprochant aux cinéastes de ne pas lui avoir donné de droit de réplique. Le Hamas, de son côté, a été accusé par l’armée israélienne d’utiliser des civils comme boucliers humains pour protéger ses activités militaires.

Ce que ça pourrait changer

Le film *NAZA* a été présenté en première mondiale à la Mostra de Venise en septembre 2026, où il a reçu le Prix spécial du jury. Il n’a pas encore été projeté en Israël et sera diffusé gratuitement sur le site du *Guardian* dans les semaines suivant sa première. Un autre film portant le même titre, mais défendant l’armée israélienne, circule en ligne, ce qui a poussé les réalisateurs à souligner la différence entre les deux œuvres. Yuval Abraham, journaliste d’investigation, défend la légitimité de son travail en affirmant que les journalistes ne doivent pas se contenter d’un équilibre artificiel entre deux versions, mais vérifier les faits sur le terrain. Le film s’inscrit dans une dynamique de changement et de lutte pour la transparence.

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