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Société

Comment les mines d'or sont en train de détruire l'Amazonie

Slate FR · mis à jour il y a 15 j

En Amazonie brésilienne, la lutte contre l'exploitation minière mobilise les forces de sécurité. Alors que certains territoires où vivent les populations autochtones ont perdu jusqu'à 4% de leurs forêts, le président Lula fait de cette lutte une priorité..

Destruction massive en Sararé

Dans la région du Sararé, au Brésil, près de la frontière avec la Bolivie, l'exploitation illégale de l'or a provoqué la disparition de près de 4 % de la surface forestière ces dernières années. Cette zone, grande comme Singapour, a perdu 44,8 km² de forêt en 2021. Les paysages autrefois denses et boisés sont désormais marqués par d'immenses cicatrices brunes visibles depuis les airs, résultat de l'extraction minière intensive. Les rivières locales sont contaminées par le mercure, utilisé pour séparer l'or des sédiments, tandis que la faune fuit le bruit des explosions et des machines. Cette dégradation s'est accélérée sous la présidence de Jair Bolsonaro (2019-2022), marquée par un laisser-faire envers les activités minières illégales.

Rôle du mercure et pollution

Le mercure est un métal lourd toxique utilisé par les mineurs d'or pour extraire le précieux métal des roches. Lorsqu'il est rejeté dans l'environnement, il contamine les sols, les cours d'eau et les organismes vivants. Dans le Sararé, des mares d'eau stagnante remplies de mercure servent de bacs de lavage pour les mineurs. Cette pollution a des conséquences graves sur la santé des populations locales, notamment les communautés autochtones, et sur la biodiversité. Les poissons, base de l'alimentation de nombreuses espèces, absorbent le mercure et deviennent impropres à la consommation, créant un cercle vicieux de contamination.

Cours de l'or et contexte mondial

La flambée des cours de l'or, métal considéré comme une valeur refuge en période d'instabilité économique et géopolitique, a exacerbé la ruée vers l'or en Amazonie. En 2026, les prix de l'or ont atteint des sommets, attirant des milliers de prospecteurs vers des territoires comme le Sararé. Ce contexte est lié à des tensions internationales, notamment sous la présidence de Donald Trump, dont la politique étrangère imprévisible a alimenté l'incertitude économique. L'or, souvent acheté par les banques centrales et les investisseurs en temps de crise, devient alors une cible pour les activités minières illégales.

Acteurs criminels et violence

L'exploitation minière illégale en Amazonie est souvent contrôlée par des groupes criminels organisés, comme le Commando Rouge (ou Comando Vermelho), une organisation brésilienne impliquée dans le trafic d'armes et de drogue. Ces groupes, lourdement armés, ont infiltré des zones minières comme Vila Cururu, provoquant une escalade de la violence. Les trafiquants utilisent des méthodes brutales pour contrôler les territoires et les ressources, mettant en danger les communautés autochtones et les forces de l'ordre. Leur présence a transformé ces régions en zones de non-droit, où la loi est souvent ignorée au profit des intérêts criminels.

Répression sous Lula

Depuis son retour au pouvoir en janvier 2023, le président brésilien Luiz Inácio Lula da Silva a fait de la lutte contre l'exploitation minière illégale une priorité nationale. Son gouvernement a lancé des opérations de répression ciblées, comme celles menées par Nilton Tubino, surnommé le « tsar des expulsions de Lula ». Ces opérations visent à expulser les mineurs illégaux et à démanteler les réseaux criminels opérant dans les territoires autochtones. Malgré ces efforts, des défis persistent, notamment la réinfiltration des trafiquants une fois les forces de sécurité parties. Tubino a déjà réalisé dix opérations de ce type sous Lula, mais admet que le combat est long et dangereux.

Témoignages et impacts locaux

Jackson Katitãurlu, chef du peuple autochtone Nambiquara, décrit la destruction de son territoire comme un « véritable désert ». Les rivières de son peuple sont empoisonnées, la faune a disparu, et le bruit des explosions et des machines a chassé les animaux. Les communautés autochtones, comme les Nambiquara, subissent directement les conséquences de cette exploitation. Leur mode de vie traditionnel, basé sur la chasse, la pêche et la cueillette, est menacé. Katitãurlu craint que, malgré les opérations de répression, les trafiquants ne reviennent une fois les forces de l'ordre parties, rendant la situation précaire et incertaine pour les populations locales.

Ce que ça pourrait changer

La campagne anti-minage de Lula est un travail de longue haleine, éreintant et dangereux pour les forces de sécurité. Les opérations de répression, bien que nécessaires, ne suffisent pas à éradiquer le problème, car l'économie clandestine de l'or pèse plusieurs milliards d'euros. Les forces spéciales doivent constamment surveiller les zones minières pour éviter leur réoccupation. Nilton Tubino, en première ligne de cette lutte, souligne que la protection des peuples autochtones et de l'environnement prime sur toute autre considération. Cependant, la question de la durabilité de ces efforts reste ouverte, notamment en cas de changement politique futur.

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