La ministre des Affaires étrangère plaide pour une autonomie stratégique devant l’ONU
«Nous sommes confrontés à de sérieux défis au sein de l’ordre mondial.».
La ministre canadienne des Affaires étrangères, Anita Anand, a plaidé devant l’ONU pour une autonomie stratégique du Canada, c’est-à-dire la capacité du pays à prendre ses décisions économiques, technologiques et militaires sans dépendre excessivement des grandes puissances comme les États-Unis ou la Chine. Selon elle, le Canada doit diversifier ses partenariats commerciaux, notamment en réduisant sa dépendance à l’Amérique du Nord, et renforcer ses capacités dans des secteurs clés comme les technologies émergentes (intelligence artificielle, semi-conducteurs, etc.), les minéraux critiques (lithium, terres rares, etc.), la défense et l’énergie. Cette stratégie vise à limiter la coercition exercée par les superpuissances, c’est-à-dire les pressions politiques ou économiques qu’elles pourraient imposer. Anand a souligné que le Canada cherche aussi à jouer un rôle plus important parmi les puissances moyennes, ces pays qui ne sont ni des superpuissances ni des États fragiles, mais qui peuvent influencer l’ordre mondial.
Anita Anand a décrit un ordre mondial en crise, marqué par le retrait des grandes puissances de la coopération économique et la remise en cause de l’intégration des marchés. Elle a évoqué des tensions géopolitiques croissantes, comme les sanctions américaines contre une juge canadienne de la Cour pénale internationale (CPI), une institution judiciaire qui juge les crimes de guerre et les crimes contre l’humanité. Le Canada soutient cette cour, contrairement aux États-Unis qui cherchent à la démanteler. Anand a aussi mentionné des enjeux comme la paix juste en Ukraine, le respect du droit international, et la fin des violences en Haïti, où une crise politique et humanitaire sévit depuis des années. Elle a rappelé l’engagement du Canada pour la souveraineté des États, c’est-à-dire leur droit à décider librement de leur politique sans ingérence extérieure.
Pour renforcer sa position, le Canada propose de nouer des partenariats à long terme avec d’autres pays, notamment des puissances intermédiaires qui, selon Anand, joueront un rôle clé dans la construction du nouvel ordre international. Elle a cité l’exemple d’un accord de défense récent entre le Danemark, le Groenland et les États-Unis, montrant l’importance de la collaboration transatlantique. Le Canada réaffirme aussi son soutien à l’OTAN (Organisation du traité de l’Atlantique Nord), une alliance militaire fondée en 1949 pour assurer la sécurité collective de ses membres. Anand a insisté sur la nécessité de sécuriser l’Arctique canadien, une région stratégique en raison de ses ressources et de son importance géopolitique, en travaillant avec les peuples autochtones qui y vivent.
Le discours d’Anand a aussi abordé des questions de droits humains et de démocratie. Elle a condamné l’antisémitisme après une attaque contre une synagogue en Ontario, rappelant que le Canada défend une société pluraliste et ouverte, où le débat public doit rester courtois. Elle a évoqué des enjeux comme l’égalité des sexes, les droits des personnes LGBTQ+, la crise au Soudan, les violences en Israël et en Palestine, ainsi que la nécessité d’encadrer l’intelligence artificielle pour éviter ses usages dangereux. Le Canada soutient aussi la candidature du pays à un siège au Conseil des droits de l’homme des Nations unies, dont l’élection est prévue dans un an. Anand a enfin réitéré l’engagement du Canada pour la démocratie en Iran et le retour des enfants ukrainiens déportés par la Russie.
Anita Anand a prononcé ce discours le 26 septembre 2026 lors de la 81e *Assemblée générale des Nations unies*, un événement annuel où les dirigeants du monde se réunissent à New York pour discuter des grands enjeux internationaux. Elle a pris la parole à la place du premier ministre Mark Carney, qui était présent à l’ONU mais n’a pas pu prononcer le discours officiel du Canada en raison de contraintes d’emploi du temps. Anand a aussi évoqué la volonté du Canada de travailler avec le ou la prochain·e *secrétaire général·e* de l’ONU, sans préciser de candidat·e. Cette position contraste avec celle du gouvernement précédent, qui avait soutenu en 2024 la nomination d’une femme à ce poste, une idée non réitérée par le gouvernement actuel.

