150 personnes tirées au sort : Jean-Marc Jancovici lance une convention citoyenne sur réchauffement climatique
Jean-Marc Jancovici veut faire entrer les contraintes climatiques dans la campagne présidentielle autrement qu’avec une nouvelle liste de promesses. Cent cinquante français tirés au sort devront examiner pendant six mois les conséquences concrètes de chaque choix, puis arbitrer entre des priorités incompatibles..
Jean-Marc Jancovici, expert reconnu en énergie et climat, lance une convention citoyenne sur le réchauffement climatique. Cette initiative repose sur un principe innovant : 150 citoyens français, sélectionnés par tirage au sort, seront invités à participer à des débats et à proposer des solutions concrètes pour réduire les émissions de gaz à effet de serre du pays. L’objectif est de rassembler une diversité de profils (âge, métier, région) pour refléter la société dans son ensemble. Cette méthode s’inspire des conventions citoyennes existantes, comme celle organisée en 2019 en France sur le climat, mais se distingue par son approche ciblée et son ancrage dans l’expertise de Jancovici, connu pour ses travaux sur la transition énergétique et ses prises de position critiques sur les politiques climatiques actuelles.
Jean-Marc Jancovici, ingénieur et cofondateur du cabinet de conseil The Shift Project, joue un rôle central dans cette convention. Spécialiste des questions énergétiques et climatiques, il a coécrit plusieurs ouvrages influents, dont Le Plein s’il vous plaît ! (2006) et Le Monde sans fin (2021), en collaboration avec le dessinateur Christophe Blain. Son approche se caractérise par une analyse systémique des enjeux climatiques, intégrant les dimensions technologiques, économiques et sociétales. Dans cette convention, il agira comme animateur et garant de la rigueur scientifique des débats, tout en veillant à ce que les propositions citoyennes soient réalistes et alignées sur les contraintes physiques et économiques du monde réel.
Les 150 participants seront choisis aléatoirement parmi les volontaires, selon une méthode inspirée des jurys citoyens. Ce tirage au sort vise à éviter les biais de représentation liés aux groupes auto-sélectionnés, comme ceux des militants ou des experts. L’idée est de donner la parole à des citoyens lambda, dont les opinions et les préoccupations reflètent celles de la population générale. Cette approche a été popularisée par des expériences comme la Convention citoyenne pour le climat en France, où des panels tirés au sort ont contribué à façonner des recommandations politiques. Les critères de sélection incluent l’âge, la région, le genre et la catégorie socioprofessionnelle pour garantir une diversité représentative.
La convention citoyenne sur le réchauffement climatique a pour but principal de formuler des propositions actionnables pour réduire les émissions de gaz à effet de serre en France. Ces propositions pourraient porter sur des sujets variés, tels que la rénovation énergétique des bâtiments, la mobilité durable, l’agriculture bas-carbone ou encore la fiscalité environnementale. Contrairement à des assemblées consultatives classiques, cette convention vise à produire des recommandations précises, étayées par des analyses techniques et économiques. Les travaux s’appuieront sur des auditions d’experts, des données scientifiques et des retours d’expérience internationaux. L’enjeu est de concilier ambition climatique et faisabilité, en tenant compte des contraintes sociales et économiques du pays.
Cette initiative intervient dans un contexte où la France, comme de nombreux pays, peine à atteindre ses objectifs de réduction des émissions de CO₂. Malgré les engagements pris dans le cadre de l’Accord de Paris, les émissions françaises restent élevées, notamment dans les secteurs des transports et du bâtiment. La convention s’inscrit dans une dynamique plus large de mobilisation citoyenne sur le climat, qui a pris de l’ampleur depuis les mouvements comme Les Gilets jaunes ou les grèves pour le climat. Elle s’ajoute à d’autres initiatives similaires en Europe, comme les Citizens’ Assemblies en Irlande ou au Royaume-Uni, qui ont déjà abouti à des changements législatifs majeurs. L’objectif est de montrer que des solutions existent, à condition de les co-construire avec les citoyens.
L’initiative de Jancovici ne manque pas de susciter des débats. Certains observateurs soulignent que les conventions citoyennes, bien que démocratiques, peinent parfois à produire des résultats concrets en raison de leur caractère consultatif. D’autres critiquent le choix de Jancovici comme animateur, certains estimant que ses positions radicales sur la décroissance ou la fin des énergies fossiles pourraient polariser les débats. Par ailleurs, la question de la représentativité des tirés au sort est régulièrement questionnée : un panel de 150 personnes peut-il vraiment refléter la diversité des opinions et des situations en France ? Ces controverses rappellent que les conventions citoyennes, malgré leur potentiel, restent des outils expérimentaux dont l’impact dépend largement de leur suivi politique.

