Polytechnique Montréal veut raviver son expertise en génie nucléaire
L'établissement universitaire annonce la création d'une nouvelle chaire de recherche..
Polytechnique Montréal, seule université québécoise à offrir des formations en génie nucléaire, fait face à une perte d'expertise majeure. La majorité de ses spécialistes dans ce domaine sont désormais à la retraite, et la fermeture du réacteur Gentilly-2 en 2012 a marqué un tournant pour le secteur au Québec. Cette situation s'inscrit dans un contexte où l'énergie nucléaire pourrait doubler sa production mondiale d'ici 25 ans, créant des opportunités économiques pour les entreprises locales. L'établissement cherche donc à relancer son expertise, notamment via une nouvelle chaire de recherche, pour répondre à cette demande croissante et soutenir l'industrie québécoise, qui exporte déjà des produits et services nucléaires à l'international.
Pour relancer son expertise en génie nucléaire, Polytechnique Montréal a lancé une chaire de recherche financée par un don de 1 million de dollars sur cinq ans de la firme AtkinsRéalis (anciennement SNC-Lavalin). Ce financement permettra d'embaucher un premier chercheur de haut niveau et d'attirer des experts internationaux pour renforcer la formation et la recherche dans ce domaine. L'objectif est d'atteindre cinq chercheurs de calibre international pour rendre le programme fonctionnel. AtkinsRéalis, dont les activités nucléaires génèrent 2,7 milliards de dollars de revenus annuels, voit dans cette initiative un moyen de soutenir l'industrie québécoise, qui joue un rôle clé dans l'exportation de technologies nucléaires à l'échelle mondiale.
Alors que le Québec mise principalement sur l'énergie éolienne et hydroélectrique pour son approvisionnement électrique, Nicolas Godbout, directeur du Département de génie physique de Polytechnique Montréal, souhaite relancer le débat sur l'énergie nucléaire dans la province. Il souligne que ce sujet est peu abordé lors des campagnes électorales, contrairement à d'autres énergies comme le gaz de schiste. La centrale nucléaire Gentilly-2, située à Bécancour et fermée en 2012 après 29 ans de service, reste un symbole de cette question. Bien que le gouvernement précédent ait montré un intérêt temporaire pour sa réouverture, le Parti québécois, actuellement au pouvoir, exclut cette option dans son programme, privilégiant d'autres sources d'énergie.
Polytechnique Montréal abrite le seul réacteur nucléaire encore en activité au Québec : le SLOWPOKE-2, un réacteur de recherche qui fête ses 50 ans cette année. Contrairement aux centrales nucléaires classiques, ce réacteur ne produit pas d'électricité mais génère 20 kilowatts de chaleur, suffisants pour alimenter six grille-pain. Il sert principalement à la formation d'ingénieurs et à l'analyse de matériaux par activation neutronique, une technique qui consiste à rendre un échantillon légèrement radioactif pour en mesurer la composition énergétique. Chaque année, des milliers d'échantillons sont analysés dans ce laboratoire, notamment pour des entreprises qui souhaitent vérifier la qualité de leurs procédés de fabrication. Ce réacteur illustre l'importance de maintenir une expertise locale en génie nucléaire.
Le Québec a une histoire nucléaire marquée par la fermeture de Gentilly-2 en 2012, décision prise par le gouvernement péquiste de Pauline Marois. Depuis, le débat sur le nucléaire reste marginal dans les discussions politiques. Le gouvernement de la Coalition avenir Québec avait brièvement envisagé de relancer la production nucléaire, mais a finalement abandonné cette idée. Le chef du Parti québécois, Paul St-Pierre Plamondon, a réaffirmé récemment que le nucléaire ne faisait pas partie de son programme, privilégiant les énergies hydroélectrique et éolienne. Pourtant, l'industrie québécoise reste active dans le secteur nucléaire à l'exportation, avec des entreprises comme AtkinsRéalis jouant un rôle majeur dans ce domaine.

