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Les Québécois veulent faire payer les dommages climatiques aux grands pollueurs

Le Devoir · mis à jour il y a 11 j

Un nouveau sondage révèle un fort soutien de cette proposition chez les sympathisants des cinq grands partis..

Soutien massif des Québécois

Un sondage réalisé par la firme Léger à la fin août 2024, auprès de 1033 Québécois adultes, révèle que 79 % des répondants souhaitent que les grandes entreprises polluantes soient tenues de payer pour les dommages causés par les changements climatiques. Cette mesure est soutenue par une majorité significative des électeurs de tous les grands partis politiques du Québec, avec des taux allant de 57 % chez les sympathisants du Parti conservateur du Québec (PCQ) à 90 % chez ceux de Québec solidaire (QS). La marge d'erreur du sondage est de 3 %, 19 fois sur 20. Andréanne Brazeau, analyste à la fondation David Suzuki, souligne que ces résultats montrent un consensus transpartisan sur la nécessité d'agir contre les effets des changements climatiques.

Impacts climatiques au Québec

Les changements climatiques ont des conséquences graves et coûteuses au Québec, notamment en aggravant l'intensité et la fréquence des feux de forêt, des sécheresses, des pluies diluviennes et des tempêtes côtières. Par exemple, les orages survenus au Québec et en Ontario le 1er juillet 2024 ont causé des dommages assurés totalisant 439 millions de dollars, selon le Bureau d'assurance du Canada. Les feux de forêt de 2023 ont quant à eux engendré des coûts de plus de 8 milliards de dollars pour la province. Ces phénomènes extrêmes s'inscrivent dans une tendance nationale où les assureurs constatent une augmentation des dégâts liés aux événements météorologiques.

Solutions pour réduire les coûts

Le sondage révèle également que 75 % des Québécois sont en faveur de mesures visant à réduire les factures de transport et de chauffage des ménages, en facilitant l'accès à des solutions écologiques comme les véhicules électriques et les thermopompes. Cette proposition est soutenue par une majorité des électeurs de tous les partis, y compris 55 % des sympathisants du PCQ, un parti généralement opposé aux mesures contraignantes pour l'adoption des véhicules électriques. Andréanne Brazeau de la fondation David Suzuki explique que ces résultats montrent une prise de conscience croissante du lien entre crise climatique et pouvoir d'achat.

Proposition d'une loi climatique

Pour concrétiser ces attentes, la fondation David Suzuki propose au gouvernement québécois d'adopter une loi intitulée loi sur le recouvrement des coûts climatiques au Québec. Cette loi créerait un fonds de compensation alimenté par les géants de l'industrie fossile opérant dans la province, qui seraient tenus de verser des milliards de dollars. Cette proposition s'inspire des climate superfunds (fonds climatiques) mis en place dans plusieurs États américains, comme New York et le Vermont depuis 2024. Cependant, ces initiatives américaines ont récemment rencontré des obstacles juridiques, une juge fédérale ayant invalidé la loi de New York en septembre 2024, estimant qu'elle dépassait les limites légales des États.

Ce que ça pourrait changer

Deux juristes, Christopher Campbell-Duruflé et Lisa Say, ont étudié la faisabilité d'un mécanisme de recouvrement climatique pour le Québec dans un rapport publié en juin 2024. Selon eux, une telle loi serait juridiquement possible, malgré la complexité politique de la démarche. Contrairement au marché du carbone, qui cible les émissions actuelles et futures, ce mécanisme vise à récupérer des fonds pour les émissions passées. Il s'apparente à des lois québécoises existantes, comme celle sur le tabac, qui a permis à l'État d'obtenir 6,7 milliards de dollars des cigarettiers. La proposition de la fondation David Suzuki pourrait donc s'appuyer sur des précédents juridiques québécois pour justifier son application.

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