“Surprise” au Brésil avec un Flávio Bolsonaro devant Lula et “l’ampleur du triomphe de la droite”
L’écart s’est resserré en fin de soirée mais le fils de Jair Bolsonaro reste en ballottage très favorable pour le deuxième tour de la présidentielle. Le parti libéral - dont d’autres membres de la famille Bolsonaro - remporte aussi des victoires importantes au Sénat et à la Chambre des députés..
Flávio Bolsonaro, fils de l’ancien président brésilien Jair Bolsonaro et candidat de l’extrême droite, a frôlé la victoire au premier tour de l’élection présidentielle brésilienne le 4 octobre 2026. Avec 47,06 % des voix, il devance Luiz Inácio Lula da Silva (Lula), l’ancien président de gauche, qui obtient 45,12 %. Ce résultat est une surprise, car les sondages prévoyaient une égalité technique entre les deux candidats. Pour remporter l’élection dès le premier tour, un candidat doit obtenir plus de 50 % des suffrages exprimés. Comme aucun candidat n’y parvient, un second tour est organisé le 25 octobre 2026. Le vote est obligatoire au Brésil, mais 20 % des électeurs inscrits se sont abstenus. Le système électoral brésilien utilise le vote électronique, ce qui permet d’obtenir des résultats rapides malgré 158 millions d’électeurs appelés aux urnes.
Cette élection s’inscrit dans un contexte de montée de l’extrême droite en Amérique latine. Le Brésil, considéré comme le dernier grand pays de la région à résister à cette tendance, pourrait basculer après l’Argentine de Javier Milei, la Colombie d’Abelardo De la Espriella, le Pérou de Keiko Fujimori et le Chili de José Antonio Kast. Seuls l’Uruguay et le Venezuela échappent à cette vague. Flávio Bolsonaro incarne cette droite dure, avec des positions conservatrices sur les questions sociétales et économiques. Son parti, le Parti libéral (PL), a également remporté des victoires significatives lors de ces élections, notamment au Sénat et à la Chambre des députés. Parmi les élus figurent plusieurs membres de la famille Bolsonaro, dont Michelle Bolsonaro (épouse de Jair) et deux de ses fils, Carlos et Jair Renan. Ces résultats renforcent l’influence du clan Bolsonaro dans les institutions brésiliennes.
Lula, qui brigue un troisième mandat présidentiel, doit maintenant convaincre les électeurs des candidats éliminés au premier tour, dont les positions sont plus proches de la droite, de se rallier à lui pour le second tour. Il a reconnu que le chemin serait étroit, soulignant la difficulté de mobiliser les abstentionnistes et les électeurs déçus par son bilan. Son parti, le Parti des travailleurs (PT), est perçu comme affaibli, certains craignant qu’il ne représente plus l’espoir de changement qu’il incarnait autrefois. Lula a tenté de rassurer ses partisans en déclarant : « Le match va commencer. Nous sommes dans les prolongations, et c’est là que nous allons convaincre le peuple brésilien. » Les analystes soulignent que son image est désormais associée à celle d’un candidat usé, comparable à celle de Joe Biden aux États-Unis.
Flávio Bolsonaro est lui-même sous le coup d’une enquête pour corruption, et son père, Jair Bolsonaro, a été condamné à 27 ans de prison pour son rôle dans la tentative de coup d’État du 8 janvier 2023. Pourtant, ces affaires n’ont pas entamé la popularité de Flávio Bolsonaro, qui a promis de gracier son père et les autres condamnés s’il est élu. Cette victoire partielle est donc un succès personnel pour Flávio, mais aussi pour le clan Bolsonaro, qui consolide son emprise sur la droite brésilienne. Le parti libéral a obtenu des résultats exceptionnels lors de ces élections, ce qui pourrait lui permettre de peser davantage au Sénat et à la Chambre des députés, où certains élus défendent publiquement la destitution des ministres de la Cour suprême fédérale, perçue comme une ennemie par les bolsonaristes.
Les observateurs s’interrogent sur les raisons de ce succès inattendu de l’extrême droite. Selon Andre Pagliarini, chercheur à Louisiana State University, le projet bolsonariste bénéficie d’un ancrage populaire plus profond que prévu. Il estime que des millions de Brésiliens considèrent que la droite reflète mieux leurs valeurs et leur vision de l’avenir. Cette tendance pourrait se confirmer lors des prochaines élections en 2030, d’autant que le camp progressiste peine à proposer une alternative crédible. Les analystes soulignent également que les préoccupations économiques, comme le coût de la vie et la violence, ont pesé sur le bilan de Lula, malgré ses réalisations passées. Enfin, le vote a porté sur plusieurs niveaux : présidentielle, gouverneurs, députés et sénateurs, ce qui donne une image plus large des tendances politiques au Brésil.

