Le Canada pagaie vers les sommets du bateau-dragon à Taïwan
Les Canadiens dominent les championnats du monde de bateaux-dragons par clubs tenus à Taïwan..
Les championnats du monde de bateau-dragon par clubs se sont tenus à Taïwan, plus précisément au lac Liyu, dans la région montagneuse de Hualien, sur la côte est de l'île. Cet événement, organisé pour la 15e édition, a réuni environ 5500 pagayeurs issus de 25 pays différents. Le bateau-dragon est une embarcation longue et étroite, décorée d'une tête et d'une queue de dragon, utilisée dans ce sport traditionnel d'origine chinoise. Les courses se déroulent au rythme d'un tambour, avec des équipes pagayant à l'unisson pour synchroniser leurs mouvements. L'ambiance est décrite comme à la fois compétitive et amicale, avec une forte dimension sociale et culturelle. Les Canadiens, traditionnellement dominants dans cette discipline, ont brillé lors de cette édition, remportant plusieurs médailles, dont certaines catégories ont vu les trois marches du podium occupées par des équipes canadiennes.
Le bateau-dragon trouve ses racines dans une tradition chinoise ancienne, liée notamment au festival des bateaux-dragons, célébré chaque printemps à Taïwan. Ce sport, qui allie effort physique et esprit d'équipe, s'est implanté au Canada grâce à la communauté chinoise de Montréal. Julie Robitaille, présidente de Bateau-Dragon Canada, souligne que la pratique du pagayage s'inscrit dans l'ADN du pays, en raison de son histoire avec les Premières Nations et de l'étendue de son territoire, où les cours d'eau ont longtemps servi de moyens de transport. Le Canada compte aujourd'hui plus de 90 000 adeptes de ce sport, qui se distingue par son accessibilité et sa dimension sociale, incluant des équipes formées de survivantes du cancer ou d'autres groupes communautaires.
La performance des athlètes canadiens repose sur un entraînement rigoureux et une préparation minutieuse. Les équipes, comme celle de Montréal H2O, s'entraînent plusieurs jours par semaine, même en hiver, en utilisant des bassins spécialisés ou des ergomètres (appareils simulant l'effort de pagayage). Christian Moreau, copropriétaire du club H2O, explique que la discipline est arrivée au Canada via la communauté chinoise, et que l'amour du sport s'est développé à travers cette collaboration. Les athlètes amateurs, âgés de 14 à 74 ans, consacrent des centaines d'heures à l'entraînement pour atteindre un niveau compétitif. La qualité des entraîneurs et l'engagement des participants sont également des facteurs clés de leur succès.
Participer à des championnats mondiaux comme ceux de Taïwan représente un défi logistique et financier majeur. Pour l'équipe H2O de Montréal, un organisme à but non lucratif a été créé il y a près de dix ans afin de soutenir les pagayeurs dans l'organisation de leurs déplacements internationaux. Cet organisme, qui mobilise une douzaine de bénévoles, s'occupe des réservations d'hôtel, des entraîneurs, des installations sur place, des collectes de fonds et de la recherche de commanditaires. En 2026, il a recueilli près de 35 000 dollars en commandites. Pour accéder aux mondiaux, les équipes doivent d'abord se classer parmi les cinq meilleures au championnat canadien. La préparation s'étend sur deux ans, tandis que l'organisation du voyage mobilise les bénévoles pendant une année complète.
Le bateau-dragon est bien plus qu'un sport de compétition : c'est un phénomène social et culturel. Des festivals organisés dans plusieurs villes canadiennes, comme Montréal, Toronto ou Vancouver, accueillent des équipes communautaires et corporatives, renforçant les liens entre les participants. Certaines équipes sont même formées exclusivement de survivantes du cancer, offrant un réseau d'entraide et une activité physique adaptée. Audrey Martel, membre de l'équipe Kerozen de la Mauricie, témoigne de cette expérience transformative, soulignant que le sport crée des liens solides et une dynamique de dépassement personnel. À l'échelle internationale, la Fédération de bateau-dragon ambitionne d'intégrer un jour ce sport au programme olympique, le considérant comme une discipline méritante et fédératrice.

