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Gisèle Lamoureux, à la défense de la tourbière de Blainville

Le Devoir · mis à jour il y a 19 j

Le projet d’expansion du site d’enfouissement de Stablex aurait certainement empêché de dormir la botaniste écologiste..

Gisèle Lamoureux, botaniste militante

Gisèle Lamoureux (1942-2018) était une botaniste québécoise reconnue pour son engagement en faveur de la protection de la nature et de la biodiversité. Elle a notamment contribué à l’adoption de la Loi sur les espèces menacées ou vulnérables en 1989 au Québec, un texte législatif visant à préserver les espèces sauvages, qu’elles soient végétales ou animales. Cette loi s’inscrivait dans une volonté politique de protéger la diversité génétique des écosystèmes québécois. Lamoureux, qui se définissait comme une botaniste écologiste, a toujours défendu l’idée que la nature devait être protégée non seulement pour son utilité, mais aussi pour sa valeur intrinsèque. Elle a reçu plusieurs distinctions, dont le prix du Québec Georges-Émile-Lapalme en 2015, pour son travail de vulgarisation scientifique et son rôle dans l’éducation populaire.

Tourbières, écosystèmes fragiles

Les tourbières sont des milieux humides composés principalement de mousses et de végétaux partiellement décomposés, formant une tourbe spongieuse. Elles occupent moins de 3 % des écosystèmes terrestres, mais jouent un rôle écologique majeur. Elles agissent comme des puits de carbone en captant et en stockant le CO₂, limitant ainsi son rejet dans l’atmosphère et contribuant à la lutte contre le réchauffement climatique. Elles régulent aussi les niveaux d’eau en retenant l’eau de pluie, ce qui prévient les inondations, un phénomène de plus en plus fréquent avec le changement climatique. Enfin, elles abritent des espèces végétales et animales rares, adaptées à des conditions extrêmes, comme les plantes carnivores comme le droséra à feuilles rondes ou la sarracénie pourpre.

Projet Stablex et risques écologiques

Le projet Stablex prévoit l’enfouissement de 8 millions de tonnes de déchets dangereux dans la tourbière de Blainville, un écosystème de près de 300 000 mètres carrés. Aucune étude d’impact environnemental approfondie n’a été réalisée avant l’autorisation du projet, ce qui a suscité l’indignation de Gisèle Lamoureux. Selon elle, détruire une tourbière est une erreur irréparable, car ces écosystèmes mettent des millénaires à se former et ne peuvent pas être recréés artificiellement. Elle estimait que les services écologiques rendus par ces milieux, comme la filtration de l’eau ou la séquestration du carbone, valaient des dizaines de millions de dollars chaque année. Par exemple, une tourbière ordinaire aurait une valeur écosystémique 212 fois supérieure à celle de terres cultivées.

Valeur archivistique des tourbières

Les tourbières sont aussi des archives naturelles uniques. Leur formation lente, à raison d’un centimètre tous les 140 ans, permet d’y conserver des traces de l’évolution du climat, de la biodiversité et même des civilisations humaines sur des milliers d’années. Gisèle Lamoureux comparait leur destruction à la perte de la bibliothèque d’Alexandrie, un désastre pour l’humanité. Ces milieux préservent des débris végétaux et animaux non décomposés, offrant aux scientifiques un accès direct à l’histoire écologique et climatique du passé. Leur destruction entraînerait une perte irréversible de connaissances.

Engagement pour l'éducation populaire

Gisèle Lamoureux a cofondé le groupe Fleurbec en 1973, un collectif dédié à la vulgarisation scientifique des plantes sauvages. Elle a publié de nombreux guides d’identification des plantes des villes, des champs, des lacs et des tourbières, vendus à plus de 500 000 exemplaires. Son objectif était de rendre la botanique accessible au grand public, en utilisant un langage simple et en mettant en avant la beauté et l’utilité des plantes sauvages. Elle a aussi milité pour la protection de certaines espèces, comme l’ail des bois, classé vulnérable en 1995. Son travail a contribué à sensibiliser les Québécois à la richesse de leur patrimoine naturel.

Ce que ça pourrait changer

Gisèle Lamoureux aurait sans doute mené une campagne active contre le projet Stablex, en organisant des manifestations et en expliquant aux citoyens l’importance écologique de la tourbière de Blainville. Elle aurait dénoncé l’expropriation d’une communauté pour altérer un écosystème exceptionnel, jugé de *valeur écologique exceptionnelle* par le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE). Son héritage inclut aussi la désignation de l’iris versicolore comme emblème national du Québec. Elle rappelait que protéger la nature commence par la connaître et la nommer, une mission qu’elle a accomplie tout au long de sa vie.

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