Le théâtre montréalais s’éclate, de Britney à Eschyle
Créations, classiques revisités, docu- et autofictions, reprises: portrait d’une saison éclatée..
La saison théâtrale montréalaise de l'automne 2025 propose un éventail de spectacles variés, mêlant créations originales, classiques revisités et expériences immersives. Parmi les nouveautés, Enfin te voilà (Britney Spears) de Marie-Hélène Larose-Truchon, présentée à l'Espace Go, utilise la figure de la chanteuse pop pour aborder la marchandisation du corps féminin et les systèmes d'oppression sociaux. Cette comédie, mise en scène par Sébastien David, réunit des actrices comme Sophie Cadieux et Dominique Quesnel. D'autres créations explorent des thèmes contemporains : Suzanne va sortir (Théâtre du Nouveau Monde) raconte comment cinq prisonnières redécouvrent un sens à leur vie via un club de lecture, tandis que Le palais des glaces (Centre du Théâtre d'Aujourd'hui) de David Paquet propose une comédie dystopique sur la violence économique, inspirée des difficultés liées au coût de la vie.
Plusieurs théâtres revisitent des classiques pour aborder des enjeux modernes. Au Théâtre du Nouveau Monde (TNM), Michel Tremblay présente Confessions d’un enfant du siècle dernier, un monologue pluriel sur le passage à l'âge adulte, porté par cinq jeunes interprètes sous la direction de René Richard Cyr. Ce dernier signe aussi une version épurée de Cyrano de Bergerac au Rideau vert, avec Benoît McGinnis dans le rôle-titre. Le TNM propose également L’Orestie d’Eschyle, une trilogie sur le cycle de la violence, adaptée et mise en scène par Alice Ronfard avec une trentaine d’interprètes, dont Violette Chauveau dans le rôle de Clytemnestre. Au théâtre Prospero, Les suppliantes offre une réinterprétation de la tragédie d’Eschyle sur un chœur d’exilées, en écho aux demandes d’asile actuelles.
Le théâtre québécois explore aussi des récits personnels et familiaux. Le fantôme dans la machine (Théâtre Denise-Pelletier) de Fanny Britt et Alexia Bürger est une auto-science-fiction où une femme (Anne-Élisabeth Bossé) voit apparaître son frère décédé, interrogeant l’impact des disparus sur les vivants. Nathalie Doummar poursuit sa saga familiale avec Georges, centrée sur le père, tandis que Gabriel Charlebois Plante s’inspire de sa mère pour Le dos de Suzanne, une pièce intime dirigée par Odile Gamache avec Louise Bombardier au Quat’Sous. Les dévots (Espace libre), inspiré du mythe d’Orphée, est une création opératique de Félix-Antoine Boutin et Christophe Lamarche-Ledoux.
Plusieurs spectacles misent sur des expériences sensorielles ou immersives. Marioupol (Hôtel-Motel, théâtre Aux Écuries) de Philippe Ducros évoque le bombardement d’un théâtre ukrainien en 2022, entre documentaire et fiction, sous la direction de Sasha Samar. Respirer sous l’eau (La Chapelle Scènes contemporaines) de Klervi Thienpont intègre le public dans le décor via des casques audio pour suivre trois récits de quête d’espoir. Ka Uinaksheshet (Les enfants sales) (salle Fred-Barry) propose une immersion sonore où le spectateur, les yeux bandés, adopte le point de vue d’un enfant autochtone dans un pensionnat. Ces créations visent à susciter une réflexion par l’émotion et la participation active du public.
Plusieurs pièces s’inspirent d’œuvres littéraires ou d’essais philosophiques. Édouard Louis joue lui-même Qui a tué mon père (Usine C), une adaptation de son récit intime et social par le metteur en scène allemand Thomas Ostermeier. Vitesse-lumière (salle Jean-Claude-Germain), inspiré de l’essai de Paul Virilio, critique l’obsession pour la vitesse et le progrès à travers une satire jouée par trois bouffons, mise en scène par Jacques Laroche. L’écume des jours de Boris Vian est transposé dans le Québec contemporain par Félix Emmanuel et Zoé Girard (Le bonheur de chacun, Fred-Barry). Ces adaptations soulignent la porosité entre littérature et scène théâtrale.
L’automne 2025 offre aussi des occasions de découvrir ou redécouvrir des spectacles passés. Le Théâtre Denise-Pelletier diffuse *La mouette* de Tchekhov, mise en scène par Catherine Vidal en 2024. Deux pièces de Rébecca Déraspe sont de retour : *La cathédrale engloutie* (Quat’Sous) et *Janette* (Duceppe). *Neige sur Abidjan* de Iannicko N’Doua est également reprogrammé au Centre du Théâtre d’Aujourd'hui. Les performances solos *Ces regards amoureux de garçons altérés* (Prospero) de Gabriel Szabo et *Tout ça* (Quat’Sous) d’Évelyne Rompré sont à nouveau à l’affiche. Enfin, le marionnettiste Ronnie Burkett revient au Centaur avec *Wonderful Joe*, une création en anglais.

