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Société

Affaire Bardella: pourquoi une partie des électeurs juifs se tourne encore vers l'extrême droite?

Slate FR · mis à jour il y a 20 j

Malgré les récentes révélations ciblant Jordan Bardella et l'héritage antisémite du Front national, le glissement d'une partie de l'électorat juif vers l'extrême droite persiste, nourri par les craintes sécuritaires et le rejet de La France Insoumise..

Affaire Bardella et antisémitisme

En septembre 2026, une enquête de Mediapart révèle que Jordan Bardella, président du Rassemblement national (RN), aurait publié dans le passé des commentaires reprenant des poncifs antisémites. Bardella dément ces accusations. Ces révélations relancent les débats sur l'antisémitisme au sein de l'extrême droite française, un sujet récurrent depuis des décennies. Le RN, héritier du Front national, tente depuis des années de se dédiaboliser pour apparaître comme un parti acceptable, notamment auprès des électeurs juifs. Cependant, cette stratégie est fragilisée par ces nouvelles accusations, qui rappellent les liens historiques du parti avec l'antisémitisme, illustrés par les propos de Jean-Marie Le Pen, fondateur du Front national et condamné pour contestation de crimes contre l'humanité.

Soutien paradoxal des juifs

Malgré les accusations d'antisémitisme, une partie des électeurs juifs en France se tourne vers le RN ou l'extrême droite. Historiquement proches de la gauche non communiste, les électeurs juifs se sont progressivement déplacés vers la droite à partir des années 1980, puis vers l'extrême droite. Par exemple, lors de l'élection présidentielle de 2022 à Sarcelles, dans des bureaux de vote à forte présence juive, le vote pour Éric Zemmour est passé de 28 % à 39 %, bien au-dessus de la moyenne de la ville (11,55 %). Ce phénomène s'observe aussi dans d'autres villes comme Strasbourg. Ce soutien paradoxal s'explique par une perception de menace accrue, notamment après des attentats antisémites comme ceux d'Ilan Halimi, de l'hyper cacher ou de Sarah Halimi.

Craintes sécuritaires et immigration

Les électeurs juifs interrogés citent principalement deux raisons à leur vote pour l'extrême droite : la sécurité et la faiblesse de l'État. Ils associent souvent les actes antisémites et les attentats terroristes à l'immigration, un thème central du RN. Par exemple, 67 % des juifs interrogés estiment qu'il y a trop d'étrangers dans le pays, et 93 % de ceux qui votent pour Marine Le Pen sont d'accord avec cette affirmation. Le thème du grand remplacement, popularisé par Éric Zemmour avant sa candidature, est régulièrement évoqué dans les conversations. Ces craintes ont été renforcées par des événements comme les attaques du Hamas contre Israël en 2023 et la réponse israélienne à Gaza, perçues comme une menace pour les juifs en France.

Stratégie de dédiabolisation du RN

Le RN a engagé une politique de dédiabolisation pour atténuer son image antisémite et attirer de nouveaux électeurs. Marine Le Pen, actuelle figure du parti, met en avant la défense des libertés individuelles et la lutte contre l'islamisme, présentés comme des menaces pour les juifs. Certains électeurs juifs estiment que Marine Le Pen a rompu avec l'héritage antisémite de son père, Jean-Marie Le Pen. Cependant, cette stratégie reste fragile, car des figures historiques du parti, comme Bruno Gollnisch ou Carl Lang, ont été associées à des propos négationnistes ou antisémites. Malgré ces efforts, le RN reste perçu comme un parti à risque par une partie de la communauté juive.

Perception de l'antisémitisme en France

Les études sur l'antisémitisme en France identifient trois sources principales : l'extrême droite, l'extrême gauche et les personnes musulmanes. Cependant, les électeurs juifs perçoivent différemment ces menaces. Selon un rapport de la Commission nationale consultative des droits de l'homme (CNCDH) en 2025, la proximité avec le RN favoriserait les préjugés envers les juifs. Pourtant, 92 % des juifs interrogés estiment que La France Insoumise (LFI) contribue davantage à l'antisémitisme que le RN (49 %). Cette perception s'explique par le soutien de LFI à la cause palestinienne, perçu comme une forme d'antisémitisme par certains électeurs juifs. Par exemple, Jean-Luc Mélenchon a été critiqué pour avoir tardé à condamner l'attaque du Hamas en 2023 et pour avoir minimisé la menace terroriste.

Ce que ça pourrait changer

La communauté juive en France représente moins de 1 % de la population, soit environ 450 000 personnes en 2020, contre 600 000 dans les années 1990. Ce déclin démographique limite son influence électorale. Même si une partie des électeurs juifs se tourne vers le RN, leur poids reste marginal dans les résultats électoraux. Par exemple, lors de l'élection présidentielle de 2027, un changement de vote de cette communauté n'aurait qu'un effet négligeable sur le résultat final. Ainsi, les conséquences de l'affaire Bardella dépendront davantage des autres électeurs français que de la communauté juive elle-même.

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