Comment les Cubains survivent, dans un “mélange d’épuisement et de débrouille”
Photographe de l’agence Magnum, Moises Saman s’est rendu au printemps dans l’île caribéenne, soumise à un blocus énergétique depuis le début de l’année. Ses images témoignent du quotidien d’une population qui, entre incertitude, mécontentement et improvisation, “se démène pour garder sa dignité”..
Depuis le début de l’année 2026, Cuba subit un blocus énergétique imposé par les États-Unis. Ce blocus s’ajoute à l’embargo économique en vigueur depuis les années 1960, aggravant une situation déjà difficile. Les États-Unis ont stoppé les livraisons de pétrole vénézuélien à l’île caribéenne après une intervention militaire américaine au Venezuela le 3 janvier 2026. Washington a également menacé d’appliquer des droits de douane élevés à tout pays fournissant du pétrole à Cuba. Ces mesures ont provoqué des coupures de courant généralisées, des pénuries de produits alimentaires et de médicaments, ainsi qu’une détérioration des infrastructures. Le blocus énergétique est donc au cœur de la crise actuelle, privant la population et les industries locales d’une ressource essentielle à leur fonctionnement.
Les conséquences du blocus énergétique se ressentent dans tous les aspects de la vie quotidienne à Cuba. Les coupures d’électricité sont fréquentes et imprévisibles, perturbant les activités domestiques, professionnelles et scolaires. Les pénuries de produits de base, comme la nourriture et les médicaments, obligent les familles à improviser et à s’adapter au jour le jour. Par exemple, la collecte des ordures est perturbée en raison du manque de carburant, ce qui entraîne une accumulation des déchets dans les rues et parfois des incendies volontaires pour s’en débarrasser. Les infrastructures, comme les routes, les bâtiments publics et les équipements sportifs, se dégradent faute de moyens pour les entretenir. Dans les zones rurales, les chevaux deviennent indispensables pour les déplacements et le travail agricole, faute de carburant disponible.
Plusieurs secteurs économiques sont particulièrement affectés par la crise. Le tourisme, notamment en provenance des États-Unis, a fortement diminué en raison des difficultés d’accès à l’île et des restrictions imposées. Des villes comme Viñales, classée au patrimoine mondial de l’UNESCO, souffrent de cette baisse d’activité. Les infrastructures ferroviaires, autrefois importantes pour le transport de marchandises et de passagers, sont en déclin, laissant des bâtiments abandonnés et sous-utilisés. Le secteur agricole est également touché, avec des difficultés à se procurer des engrais et des machines, rendant le travail des champs plus pénible. Enfin, les activités culturelles informelles, comme les spectacles de rue, persistent malgré les difficultés, offrant un semblant de normalité et de distraction à la population.
Malgré l’épuisement et les difficultés, les Cubains font preuve d’une grande résilience. Les familles improvisent pour subvenir à leurs besoins, tandis que les voisins s’entraident pour partager les ressources disponibles. Les églises et les communautés religieuses jouent un rôle clé en apportant une aide alimentaire et un soutien moral à ceux qui en ont besoin. Les Cubains, selon le photographe Moises Saman, se démènent pour garder leur dignité et conserver une certaine normalité, malgré l’incertitude quant à l’avenir. Cette entraide et cette solidarité sont des éléments centraux de la survie quotidienne dans un contexte de crise prolongée.
Le photographe Moises Saman, de l’agence Magnum, s’est rendu à Cuba au printemps 2026 pour documenter cette crise. Il a été surpris par l’ouverture des Cubains, qui ont partagé avec lui les difficultés qu’ils rencontrent au quotidien. Selon lui, les problèmes sont devenus si visibles et envahissants que les Cubains n’ont plus la possibilité de les ignorer ou de les taire publiquement. Saman souligne que la situation à Cuba, bien que moins violente qu’un conflit armé, présente des similitudes avec d’autres crises qu’il a couvertes : dégradation des infrastructures, pénuries de produits essentiels, et sentiment que les institutions censées soutenir la population sont de plus en plus défaillantes. Malgré tout, la vie continue, et les Cubains s’accrochent à l’espoir d’un avenir meilleur.
La crise à Cuba s’inscrit dans un contexte géopolitique tendu. Les États-Unis, sous l’administration de l’époque, ont renforcé leur pression sur l’île en combinant blocus énergétique et menaces économiques. Cette stratégie s’ajoute à l’embargo historique en place depuis les années 1960, qui vise à isoler économiquement Cuba. Le Venezuela, principal fournisseur de pétrole à Cuba, a été directement visé par une intervention militaire américaine en janvier 2026, ce qui a précipité la crise énergétique cubaine. Cette situation illustre les tensions entre les États-Unis et les pays de la région, ainsi que les enjeux liés au contrôle des ressources énergétiques et à l’influence géopolitique dans les Caraïbes.

