Comment les partis diffusent-ils leurs messages en 2026?
Survol de la communication politique d’aujourd’hui en compagnie du chercheur Marc-Antoine Martel..
En 2026, les partis politiques québécois utilisent à la fois les médias traditionnels (télévision, radio, journaux) et les médias numériques (réseaux sociaux, plateformes en ligne) pour diffuser leurs messages. Les médias traditionnels offrent une crédibilité, car leur rôle de médiation (filtre et vérification) est reconnu. Les médias numériques, comme Facebook ou Twitter, permettent aux partis de communiquer directement avec l’électorat sans intermédiaire. Cependant, ces deux types de médias ne s’opposent pas : ils forment un écosystème médiatique où les messages circulent entre les acteurs. Par exemple, une entrevue diffusée à la télévision peut être partagée ensuite sur les réseaux sociaux. La différence réside davantage dans la forme (contenu adapté à chaque plateforme) que dans le contenu lui-même, qui reste globalement cohérent.
Les campagnes électorales au Québec ont évolué avec l’arrivée de nouveaux outils. Dès 2012, les partis ont investi les réseaux sociaux comme Facebook et Twitter. À partir de 2018, l’utilisation des données massives (analyse de grandes quantités de données pour cibler les électeurs) s’est généralisée, notamment pour créer des listes d’électeurs et des applications de pointage (outils permettant de suivre les intentions de vote). Ces innovations ont permis une personnalisation accrue des messages. Par exemple, les chefs de parti sont désormais au cœur des campagnes, comme en témoigne l’ajout de photos de Charles Milliard sur son autobus de campagne après des critiques. Les partis adaptent aussi leur communication aux jeunes, un public de plus en plus courtisé.
La campagne de 2026 marque l’arrivée de nouvelles formes de communication politique. Aux États-Unis, les podcasts (émissions audio en ligne) ont été largement utilisés lors de la dernière élection présidentielle. Au Québec, les chefs de parti participent désormais à des balados (équivalent québécois de podcasts) pour se présenter sous un jour différent et montrer des aspects moins formels de leur personnalité. Autre innovation majeure : l’utilisation de l’intelligence artificielle (IA), bien que son usage reste limité au Québec par rapport à d’autres pays comme les États-Unis, où Donald Trump l’emploie pour générer des images et vidéos. Les partis multiplient aussi les formats, alternant entre vidéos courtes et longues pour toucher différents publics.
Malgré la multiplication des plateformes, les partis politiques québécois maintiennent une grande cohérence dans leurs messages. Ils ne changent pas de discours selon la tribune utilisée, car cela risquerait de semer la confusion chez les électeurs. Les partis cherchent à construire une image de marque (une identité reconnaissable) et à répéter leurs positions pour ancrer leurs idées dans l’esprit du public. Par exemple, les enjeux comme l’immigration ou l’économie sont abordés de manière similaire sur toutes les plateformes. Cette stratégie permet de renforcer la crédibilité des partis et de faciliter la reconnaissance de leurs propositions par les électeurs.
Chaque parti adapte sa communication en fonction de ses objectifs et de son public cible. Le Parti conservateur a particulièrement professionnalisé sa communication numérique, tandis que Québec solidaire mise sur des publicités colorées et un ton positif, axé sur l’espoir. Charles Milliard, chef du Parti libéral, a utilisé des éléments personnels comme le curling pour humaniser son image, suscitant des réactions variées. Le Parti libéral, connu pour son organisation, a rapidement transformé des extraits de débats en clips (courtes vidéos) pour les réseaux sociaux, une pratique déjà observée lors des campagnes de 2018 et 2022. Ces différences reflètent les stratégies distinctes de chaque formation politique.
L’*intelligence artificielle* (IA) commence à jouer un rôle dans les campagnes électorales au Québec, bien que son utilisation reste prudente. Contrairement à Donald Trump aux États-Unis, qui génère massivement des contenus via l’IA, les partis québécois l’emploient de manière plus limitée. L’IA peut servir à analyser des données pour cibler les électeurs ou à créer des contenus personnalisés. Cependant, son usage soulève des questions éthiques, notamment sur la désinformation ou la manipulation de l’opinion publique. Les partis doivent donc trouver un équilibre entre innovation technologique et respect des règles démocratiques.

