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Environnement

Où sont-ils ? Quels sont les risques ? Tout savoir sur les data centers, face cachée de nos vies numériques

Vert.eco · mis à jour il y a 17 j

Les centres de données sont l’incarnation physique de notre dépendance croissante au numérique. Ces derniers mois, les projets extravagants se multiplient et leurs impacts aussi.

Qu'est-ce qu'un data center

Un data center (ou centre de données en français) est un bâtiment qui abrite des milliers de serveurs informatiques. Ces serveurs stockent et traitent nos données numériques, souvent appelées cloud (« nuage » en anglais), bien qu’elles soient bien réelles et physiquement localisées. Le cloud permet d’accéder à distance à nos fichiers, applications ou services en ligne sans avoir besoin de les stocker sur nos propres appareils. En France, il existe 352 data centers, selon l’Agence de la transition écologique (Ademe). Leur rôle est devenu stratégique avec la digitalisation croissante des services publics, du commerce en ligne ou des réseaux sociaux. Ces infrastructures, apparues dans les années 1990, sont désormais indispensables à notre vie numérique quotidienne.

Localisation en France

En France, les data centers sont principalement concentrés dans les zones urbaines et métropolitaines, notamment en Île-de-France, qui abrite à elle seule un tiers des 352 centres du pays. Cette localisation s’explique par la nécessité d’être proche des réseaux télécoms et électriques performants, ainsi que par la recherche d’une faible latence (le temps entre une requête internet et sa réponse). Cependant, une nouvelle génération de projets, souvent de très grande taille (hyperscale), s’installe désormais en zones rurales ou sur des terres agricoles, comme à Fouju (Seine-et-Marne) où un « campus IA » de 90 hectares est prévu, ou à Mulhouse (Haut-Rhin) où Microsoft a obtenu l’autorisation d’implanter un centre sur 35 hectares. Ces projets suscitent des controverses en raison de leur impact environnemental et de l’artificialisation des sols.

Qui contrôle nos données

La majorité des données des utilisateurs français sont stockées à l’étranger, principalement aux États-Unis, où se trouvent les géants du cloud comme Amazon, Google ou Microsoft. Cette situation pose des questions de souveraineté et de sécurité, car le droit américain impose aux entreprises sous juridiction américaine de fournir des données stockées sur leurs serveurs, même hors des États-Unis. Par ailleurs, deux tiers de l’électricité consommée par le numérique en France provient de l’étranger, souvent dans des pays où le mix électrique est plus carboné que le mix français. Rapatrier ces données en France réduirait l’impact climatique, mais n’éliminerait pas les risques liés à la souveraineté, en raison des lois extraterritoriales américaines.

Pourquoi l'attention grandit

Les data centers existent depuis plus de trente ans, mais leur multiplication récente attire l’attention des médias et des riverains. Cette prise de conscience est liée à l’explosion des usages numériques et, surtout, à l’essor de l’intelligence artificielle (IA). Selon Alexandra Lutz, de l’association Data for Good, « la demande a été quasi plate pendant vingt ans grâce aux gains d’efficacité, mais l’IA générative et agentique change la donne ». L’IA générative produit du texte ou des images, tandis que l’IA agentique prend des décisions pour atteindre un objectif. Cette évolution a conduit à une augmentation spectaculaire de la consommation énergétique des data centers, relançant les débats sur leur impact environnemental et leur durabilité.

Impact de l'IA sur l'énergie

L’intelligence artificielle (IA) est particulièrement énergivore et pourrait drastically augmenter la demande en électricité des data centers. Selon une étude de HEC Paris, l’essor de l’IA pourrait générer jusqu’à 80 milliards de dollars de coûts climatiques par an. L’Agence internationale de l’énergie (AIE) indique que la consommation d’énergie des data centers a déjà augmenté de 12 % par an depuis 2017, atteignant 485 térawattheures en 2026, soit l’équivalent de la consommation électrique de la France. En France, les projets de data centers de très grande taille (hyperscale) représentent 18 gigawatts de capacité, contre 2 gigawatts pour les 352 centres existants. Cette croissance soulève des inquiétudes quant à la stabilité des réseaux électriques et à la disponibilité de l’énergie.

Impacts environnementaux

Les data centers ont plusieurs impacts environnementaux majeurs. Sur le plan énergétique, leur consommation électrique pourrait nécessiter 3,7 fois plus d’électricité en France d’ici 2035, selon l’Ademe, passant de 7,31 à 23,5 millions de tonnes de CO2 émises, soit l’équivalent des émissions d’une ville comme Marseille ou d’un pays comme la Jordanie. La phase de production des équipements représente aussi une part importante de leur empreinte carbone, au même titre que leur exploitation. Par ailleurs, ces centres consomment de l’eau potable pour refroidir leurs serveurs, une ressource déjà critique dans certaines régions. Enfin, la chaleur dégagée par les serveurs peut réchauffer leur environnement immédiat, avec une hausse de température pouvant atteindre 9 °C pour les data centers géants, et en moyenne de 2 °C.

Internet neutre en carbone

Les géants du numérique comme Apple, Google, Microsoft ou Meta ont longtemps promis un internet « neutre en carbone » en compensant leur consommation d’énergie par des énergies renouvelables. Cependant, l’explosion de l’IA a rendu ces promesses caduques. Meta a abandonné sa stratégie 100 % énergies renouvelables en juillet 2026, tandis que Google et Amazon ont annoncé une hausse spectaculaire de leurs émissions de CO2. Selon Olivier Darmouni, professeur à HEC Paris, « développer les énergies renouvelables et se raccorder au réseau électrique prend plusieurs années. Les Gafam sont prêts à tout pour aller vite, y compris à revenir à des énergies fossiles inefficaces ». Ces revirements soulignent les limites des engagements pris par les entreprises du secteur.

Risque de pénurie électrique

L’augmentation exponentielle de la consommation énergétique des data centers, notamment due à l’IA, fait craindre des pénuries d’électricité. En Irlande, où l’industrie numérique est très développée, les data centers consomment désormais un quart de l’électricité du pays, rendant le réseau électrique « dangereusement instable ». Pour éviter des coupures, les autorités ont dû rouvrir en urgence deux centrales à gaz et à pétrole. Cette situation illustre les risques immédiats liés à la surconsommation des data centers, qui pourraient aggraver les tensions sur les ressources énergétiques mondiales.

Risque de pénurie d'eau

Les data centers utilisent d’importantes quantités d’eau, souvent potable, pour refroidir leurs serveurs. Cette consommation pose déjà des problèmes dans certaines régions des États-Unis, où des conflits d’usage apparaissent entre les besoins des centres et ceux des populations locales. En France, cette situation pourrait aussi devenir critique, notamment dans les zones où l’eau est déjà une ressource limitée. Les projets de data centers en zones rurales ou sur des terres agricoles exacerbent ces risques, en ajoutant une pression supplémentaire sur les ressources hydriques locales.

Ce que ça pourrait changer

La question de la responsabilité des utilisateurs dans la consommation énergétique des *data centers* est souvent soulevée. Cependant, comme le souligne l’Ademe, « une dépendance structurelle s’est installée » avec la digitalisation croissante des services. Les gains d’efficacité énergétique ne suffisent plus à compenser l’explosion des usages, notamment avec l’IA. Les utilisateurs ne sont donc pas les seuls responsables : les entreprises du numérique, les gouvernements et les régulateurs doivent aussi agir pour limiter l’impact environnemental des *data centers*, en encadrant leur développement et en favorisant des infrastructures plus durables.

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